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La réforme des pensions est grave pour les femmes

vendredi 23 décembre 2011

Carte blanche publiée dans le Soir du 23 décembre 2011.

Carte blanche signée par Hafida Bachir, présidente de Vie féminine ; Ariane Dierickx, directrice d’Amazone ; Claudine Drion, formatrice au Monde selon les Femmes ; Brigitte Marchal, présidente ff du Centre féminin d’Éducation permanente ; Dominique Plasman, secrétaire générale des Femmes prévoyantes socialistes.

Face au contenu de la déclaration gouvernementale et face aux procédures utilisées par le gouvernement pour faire passer coûte que coûte toute une série de mesures, les associations féministes sont extrêmement inquiètes et dénoncent des attaques graves contre certains droits fondamentaux, notamment celui d’avoir un revenu digne tout au long de la vie. La réforme des pensions que le gouvernement veut mettre en œuvre au mépris des processus démocratiques les plus élémentaires va, en effet, plonger de très nombreuses femmes âgées dans la précarité ou la pauvreté.

Alors que le Livre Vert des pensions et le Pacte des Générations ont fait l’objet de longues négociations dans le cadre de concertations sociales tripartites, le tout récent gouvernement Di Rupo 1er et le nouveau ministre des Pensions Vincent Van Quickenborne veulent voter la réforme des pensions avant le 31 décembre, pour qu’elle entre en vigueur dès ce 1er janvier 2012. Le 15 décembre, la commission des Affaires sociales a été réunie en urgence et les travaux en commission ont repris ce lundi 19 décembre. La loi devrait passer en séance plénière le 22 puis être adoptée très rapidement par le Sénat.

Cette procédure accélérée et presque frénétique est complètement antidémocratique et chaotique. Les dispositions qui modifieront l’accès à la prépension, au crédit-temps, à la pension complémentaire et aux autres régimes particuliers seront adoptées par arrêtés royaux. Or ces arrêtés ne peuvent être contrôlés par le Parlement qu’a posteriori. Le gouvernement s’octroie donc la capacité de décider seul à propos de mesures ayant un impact particulièrement négatif sur la population. Enfin, les bases légales qui seront ainsi adoptées ne seront pas vérifiées préalablement par le Conseil d’État.

De l’avis général – détracteurs comme défenseurs –, ceci constitue la plus grande réforme du secteur des pensions jamais vécue dans notre pays depuis trente ans. Il s’agit d’un programme d’austérité aveugle qui touche tout le monde. Les différents mécanismes qui permettaient aux travailleurs de plus de 50 ans de lever le pied passent à la trappe. Les 4/5 temps, les mi-temps, les prépensions… Et cela dans tous les secteurs !

Ce projet néfaste frappera tout particulièrement les femmes. En effet, le crédit-temps, qui sera plus difficilement accessible, ne sera plus assimilé qu’à raison d’un an pour le calcul des pensions des personnes recourant à ces formules : majoritairement des femmes. Car dans une société patriarcale, ce sont elles, massivement, qui prennent des temps partiels ou arrêtent de travailler pour s’occuper des enfants (les femmes représentent 84 % des personnes de 25 à 49 ans qui prennent un crédit-temps). Pour couronner le tout, la troisième période de chômage ne sera plus assimilée non plus pour le calcul de la pension.

Résultat de toutes ces mesures : les pensions des femmes, déjà dérisoires aujourd’hui, seront encore plus faibles, puisque moins de périodes assimilées seront reconnues. En prenant ces dispositions, le nouveau gouvernement fédéral va donc encore accroître le nombre d’aînées se trouvant en situation de dépendance et de grande précarité…

Par ailleurs, en supprimant ou limitant les formules de crédit-temps et de prépension à mi-temps, quelle que soit la pénibilité du travail, cette réforme empêche les travailleurs âgés de lever le pied en fin de carrière. Ceci concerne spécifiquement les femmes éprouvées par les doubles journées et chargées de la conciliation avec la vie familiale. Alors que la prépension permettait jusque-là aux travailleuses usées par des fonctions éprouvantes (infirmières, aides familiales, aides aux personnes handicapées, puéricultrices…) de terminer leur carrière avant l’invalidité.

Enfin, la limitation des pensions de survie va dans le sens d’une individualisation des droits – revendiquée depuis les années 80 par les associations féministes. Néanmoins, les organisations de femmes insistent pour que cette individualisation des droits se fasse dans le cadre d’une réflexion globale sur la modernisation de notre système de sécurité sociale en lien avec les évolutions de la société et sans appauvrir les femmes.

En affaiblissant aussi gravement le caractère assurantiel et solidaire du système des pensions, ce pilier essentiel de notre sécurité sociale, le gouvernement ouvre les portes à sa privatisation.

La diminution du montant de la pension d’un nombre important de travailleuses et de travailleurs conduira en effet ceux qui peuvent se le permettre vers des pensions complémentaires qui coûtent cher à l’État d’un point de vue fiscal et qui contribuent à la spéculation financière. Le gouvernement prépare aussi une catastrophe sociale. Car en ignorant les inégalités sociales et de genre, ces mesures viennent encore aggraver la situation des personnes qui sont déjà les plus précarisées, notamment les femmes.

Ne nous y trompons pas, cette réforme représente un recul pour la démocratie et pour toutes les femmes !