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La poste ou comment détruire un service public

Editorial de Regards

décembre 2007, par Jouffroy Jean-Jacques, Schreuer Jean-Marie

L’Union Européenne, en particulier sa commission, a au moins une religion, celle du libéralisme. C’est au nom de celle-ci que la Poste est en train d’être totalement libéralisée. Concrètement, les entreprises privées pourront bientôt assurer la distribution postale pour l’ensemble du courrier. Le Parlement Européen a voté cette libéralisation, reportant simplement la mise en oeuvre de cette réforme. Et ce malgré, entre autres, l’opposition des opérateurs historiques de 10 pays de l’UE.

La commission croit que cette décision permettra un service meilleur et moins cher. Mais l’observation de la réalité nous invite ànettement plus de pessimisme. D’abord, le coà»t du service postal de base, par exemple l’affranchissement d’une lettre, va augmenter ; ainsi la Suède a vu ce coà»t presque doubler depuis 2003, date de la libéralisation totale. Ensuite, la diminution du coà»t de fonctionnement de la Poste va se faire sur le dos des travailleurs avec la diminution prévue de 6.000 emplois ; qu’il faut sans doute mettre en parallèle avec la diminution des tarifs consentis aux grandes entreprises.

Enfin, la libéralisation est engagée alors que la définition et le financement du service universel, ce que chaque citoyen doit pouvoir recevoir comme service postal, quelle que soit sa situation, n’est pas terminée et que les moyens de financer ce service universel ne sont pas assurés. Chaque citoyen particulièrement ceux qui habitent les zones rurales, moins accessibles, avec un coà»t de distribution plus important, va donc voir le service reçu diminuer.

Mais ne faut-il pas aussi réfléchir de manière plus large ? Le facteur, celui qui passait tous les jours dans toutes les maisons, celui qui connaissait chaque maison et chaque personne de sa "tournée", avait un rôle social essentiel, celui de lien social mais aussi celui de sécurisation. Les mesures prises par la Poste, au nom de la "profitabilité", comme la mise en route de Géoroute, interdisent dorénavant aux facteurs de jouer ce rôle. Comment notre société va t’elle assumer le rôle que les facteurs jouaient ? Par une augmentation de l’insécurité d’existence ? Par l’engagement de travailleurs sociaux dont le coà»t ne sera jamais intégré au bilan global de la libéralisation ?

Nous pouvons également nous poser des questions sur le mode de développement, peu durable, de la Poste belge où le transport routier remplace de plus en plus le transport ferroviaire avec toutes les conséquences connues en termes d’environnement.

Le MOC développe en cette fin d’année une campagne pour exiger des garanties suffisantes pour les usagers des services publics. Nous souhaitons dire aux responsables politiques que l’essentiel n’est pas le profit mais la qualité de la vie. Et nous serons attentifs aux prochaines velléités de libéralisation car nous savons que l’Europe, une fois que le petit doigt est mis dans cet engrenage, veut aller jusqu’au bout et refuse de jamais revenir en arrière ; nous devrons donc être plus attentifs et plus réactifs.

Jean-Jacques Jouffroy et Jean-Marie Schreuer