Fédération de Liège Huy Waremme

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Bienvenue sur le site du MOC (Mouvement Ouvrier Chrétien) de Liège-Huy-Waremme en Belgique. Parcourir notre site vous permettra de faire plus ample connaissance avec notre projet, nos actions, nos propositions. Le MOC est l’organe de coordination des organisations sociales du monde ouvrier (...) lire la suite

Les options fondamentales du MOC

samedi 1er janvier 2000

Aujourd’hui, la plupart des grands objectifs pratiques énoncés par les fondateurs et les pionniers du Mouvement Ouvrier ont été atteints : suffrage universel, libertés d’association, droit du travail, protection sociale large et quasi généralisée …

Les efforts, les combats de générations de militants, les réformes conquises par la mobilisation sociale et/ou l’action politique ont profondément modifié - du moins en Europe occidentale - le visage du capitalisme.

Le modèle de société qui en découle, qualifié de social démocrate est cependant limité àune minorité de pays du monde ; il y est d’ailleurs de plus en plus remis en cause et bousculé par la mondialisation de l’économie. Il est fragile et menacé.

C’est pourquoi il importe de réaffirmer notre volonté de transformer la société et les options sur lesquelles devra s’appuyer cette transformation.

1. Une société juste et solidaire pour promouvoir l’égalité entre les humains

La valeur fondamentale de la société est l’être humain, être àla fois et indissolublement social et personnel.

Malgré tout ce qui les différencie, tous les hommes sont égaux d’origine et de fin. Ils sont égaux en droit. Rien ne peut prévaloir sur cette égalité fondamentale : ni la race, ni le sexe, ni la richesse, ni la force, ni la condition physique ou mentale, ni la culture, ni la religion, ni les opinions politiques et philosophiques.

La grandeur de la société humaine est de reconnaître et de promouvoir, envers et contre tout, l’égalité de dignité et de droit de tous les hommes et les femmes. Cette égalité ne peut être que de droit. Elle doit être effective dans les différents aspects de la vie en société : vie familiale, au travail, dans la vie sociale ou les responsabilités politiques… Elle est une des conditions primordiales d’une démocratie effective. L’égalité doit aussi être une réalité pour tous les peuples.

Pour cela, il s’agit de supprimer les privilèges actuels et de combattre toutes les inégalités par une action collective et volontaire.

La justice, ce n’est pas traiter tout le monde de la même façon, mais c’est traiter chacun suivant ses besoins, ses handicaps et ses possibilités.

Pour réaliser cette égalité et cette justice, tous les hommes doivent se reconnaître solidaires tant en ce qui concerne les avantages que les charges. Ils sont appelés àvivre cette solidarité dans tous les aspects de la vie, les intérêts individuels et de groupe doivent faire place àla solidarité entre personnes et groupes afin de mettre plus de moyens àla disposition des plus exploités, des dominés et des marginalisés en vue de leur libération.

Ils doivent aussi se reconnaître solidaires des générations àvenir.

Enfin, tous les peuples, en solidarité réciproque, ont le droit d’assurer leur destin en toute autonomie.

Les relations internationales doivent être basées sur les valeurs de justice et d’égalité. L’interdépendance dans le développement et le progrès doit être reconnue.

2. Le projet historique de la démocratie économique

La terre et les biens matériels sont destinés àêtre utilisés par tous. Les ressources naturelles et les biens économiques de base sont àla disposition de la communauté afin d’être ordonnés par elle pour le bien de tous. En ces matières, le droit des individus et des groupes particuliers doit être subordonné aux exigences de la collectivité.

Le droit àla propriété des biens économiques est limité par les droits fondamentaux qui appartiennent àla collectivité.

La connaissance, la science et la technologie sont destinées àêtre utilisées par tous sous des formes appropriées et en respectant la destination collective, universelle et pacifique de ces biens.

L’activité économique doit être fondée sur la satisfaction des besoins et le service de la collectivité et non sur le profit individuel ou de la classe possédante.

La collectivité doit promouvoir en priorité les biens, équipements et services de type collectif àl’intention de tous les citoyens.

Il appartient de droit àla collectivité de délibérer et de décider démocratiquement de la production et de l’affectation des biens nécessaires àl’épanouissement du plus grand nombre.

Repenser, redéfinir la démocratie économique constitue l’axe central de toute stratégie de gauche. Cela signifie, pour le MOC, en finir avec la prééminence de l’économie sur le social, l’écologie, le culturel et le politique. Autrement dit, il s’agit de penser un nouveau mode de développement qui concilie développement économique, protection de l’environnement, création d’emplois en développement social et culturel. C’est notre rapport critique au capitalisme qu’il faut approfondir et réaffirmer. La fin du totalitarisme soviétique a pu laisser croire que capitalisme et économie de marché étaient synonyme de démocratie.

Pour le MOC, il n’en est rien. Un système économique qui fonctionne de façon telle que les travailleurs et les peuples deviennent concurrents entre eux et que la société se divise entre des riches toujours plus riches et des faibles qui sont de plus en plus nombreux àêtre exclus est intolérable.

C’est pourquoi, le capitalisme, producteur d’inégalité et d’injustice et saccageur de la nature et de ce qui y vit est rejeté.

Vouloir l’économie sociale c’est pour nous, non pas pointer un segment particulier du champ économique, mais affirmer une visée concernant l’ensemble de l’économie. Les droits économiques des populations doivent être pris en compte et prioritairement les droits concernant les besoins fondamentaux : celui de se loger, de manger, de se vêtir, le droit àla santé, …

Notre conviction est que, s’il est en effet impossible de répartir des richesses qui n’existent pas, il est non seulement inacceptable d’un point de vue éthique, mais aussi inefficace d’un point de vue économique de créer durablement des richesses sans cohésion sociale globale, sans redistribution équitable et large des fruits de la croissance.

Les modalités de cette redistribution devront certes être reprécisées, tant pour permettre la consolidation de la croissance future (investissements porteurs d’avenir) que pour améliorer l’organisation sociale du travail et assurer aux travailleurs davantage de responsabilités et d’initiatives et donner ainsi l’occasion àl’ensemble des citoyens de réfléchir et décider de ce qu’il faut produire comme biens et services et comment. En bref, la démocratie économique ne pourra plus être pensée essentiellement en termes de partage du gâteau mais prioritairement comme démocratisation de la décision économique.

Autrement dit, l’efficacité, réelle bien qu’amoindrie et insuffisante, des mécanismes de redistribution sociale, d’intégration et de mobilité sociale a permis de différer ou d’amender les débats sur le contrôle ouvrier, les nationalisations, les réformes de structure, …

Il est impératif, aujourd’hui, de ne pas se limiter àparler d’emploi, mais àtransformer la question de l’emploi en question du travail, en question de la production, du sens de la vie sociale.

Cela suppose prioritairement la conquête de nouveaux droits culturels pour les travailleurs : droits àl’information, àla formation, àl’expression collective et critique dans la définition des produits et des services, … Ces droits sont àconquérir dans l’entreprise et dans la société.
Les conflits, négociations et arbitrages sur le sens de la vie sociale naîtront, pour une part importante, de la façon dont on use, dans le Mouvement Ouvrier, des droits économiques, sociaux et culturels ; il s’agit en particulier de créer de nouveaux liens entre enjeux des luttes dans le travail et enjeux de luttes de la vie quotidienne. Le respect du travail et du travailleur est indissociable d’une maîtrise collective du cadre de vie. Le combat de la planification, des équipements collectifs, des services publics, du logement et du cadre de vie s’inscrit dans un projet de société où travail et vie sociale se conjuguent plutôt que de s’opposer ou de se détruire. Un aspect essentiel de la maîtrise collective du cadre de vie dépend de la capacité des collectivités publiques (et en particulier les Régions) de donner souffle et rigueur aux fonctions d’anticipation, de planification et de régulation, contrairement aux tendances dérégu-lationnistes actuellement observées, tant en Wallonie qu’àBruxelles.

3. Une société de liberté

Le progrès social est invention démocratique permanente. Il appelle àl’expansion et àl’approfondissement de la démocratie, c’est-à-dire la recon-naissance de l’extension des droits qui forment notre société : droits civils et politiques, mais aussi droits économiques, sociaux et culturels.

Le combat pour la démocratie ne peut s’interrompre, sinon tout serait àrefaire car de nouvelles inégalités, de nouvelles formes de domination et d’aliénation surgissent sans cesse, tendant àvider de leur contenu les conquêtes passées et les droits acquis (pensons notamment au pouvoir des multinationales ou des médias, … qui mettent àmal d’anciens équilibres difficilement atteints).

Nous devons donc nous battre àla fois pour préserver les anciens droits, en redéfinir les contenus et les conditions d’effectivité, tout en visant àles étendre ou àen conquérir de nouveau.

Tout cela nécessite avant tout la vitalité d’une citoyenneté active.

3.1 Réinventer une pédagogie de la citoyenneté

Réinventer une pédagogie de la citoyenneté dont les conditions d’exercice sont bouleversées constitue une priorité pour les forces de progrès.
La citoyenneté, cependant, passe par l’acquisition et l’exercice concret de droits réels, sans lesquels elle ne peut qu’être vide de sens.
Comment, en effet, être citoyen àpart entière lorsqu’on est sans emploi, sans logement, écarté, exclu de l’accès àl’éducation, àla santé, … ? Les droits nouveaux qu’il s’agit de cas générés doivent donc viser prioritairement àréduire les inégalités et àempêcher réellement l’exclusion sociale. Ils viseront non seulement l’intégration sociale mais aussi l’intégration politique de chacun. C’est ainsi notamment qu’il est aujourd’hui indispensable de confirmer et d’approfondir la conquête du suffrage universel par l’obtention du droit de vote aux étrangers. Si les questions d’emploi, de logement, de revenus sont essentielles, c’est aussi de par le lien qu’elles tissent avec le corps social, en permettant àchacun de trouver às’intégrer dans la société.

La question du droit économique - nous l’avons déjàdit - est donc essentielle àtoute véritable citoyenneté.

3.2 Développer une culture politique de progrès

Développer une culture politique progressiste restera une priorité constante pour le Mouvement Ouvrier Chrétien. Spécialement au moment où s’impose àla gauche un renouvellement profond de ses repères intellectuels, il faut avoir conscience que la conquête de nouveaux droits politiques, sociaux, économiques sera d’abord travail d’émancipation culturelle. C’est dès lors d’un véritable « devoir de culture  » qu’il faut parler. C’est ici qu’il s’agit d’affirmer la présence des femmes dans la vie économique, sociale, culturelle et politique, non seulement comme un fait de société àprendre en compte mais comme un apport déterminant àune démocratie véritable et une société d’égalité et de liberté. Et par ailleurs, une véritable culture de progrès devra sans cesse veiller àrappeler et àvaloriser le rôle et l’apport de groupes sociaux placés dans une situation de domination dans l’histoire du progrès de notre pays. Il s’agit principalement de femmes, mais aussi des communautés immigrées, des jeunes…

S’il s’agit d’éclairer l’avenir par une culture politique de progrès, il est nécessaire d’en préciser les contours, d’en dépasser les illusions.

L’idée moderne de progrès est née au XVIIIe siècle avec la philosophie des Lumières qui se proposait de libérer les individus et d’éclairer les esprits. De nombreuses illusions l’ont cependant conduite dans de multiples impasses : la coupure entre le progrès des connaissances et le progrès spirituel, la transformation de la science en absolu et son enrôlement au service de la politique ont favorisé les dérives scientistes, positivistes, déterministes, y compris dans l’interprétation du socialisme.

L’illusion s’est répandue que les questions pratiques, mais aussi celles relevant du droit ou de la morale, pouvaient être résolues par la technique, par une approche purement rationnelle des choses, par la compréhension de lois dites objectives. Ces illusions ont aussi contribué àocculter la dimension tragique de l’existence et l’inévitable approche éthique des choix.

Aujourd’hui, avec la perte de ces illusions, il revient aux hommes de redéfinir, de façon moins simpliste mais aussi plus convaincante, les termes de l’opposition entre conservatisme et progressisme. Ce travail exigera constamment une réelle articulation entre progrès des connaissances d’une part, progrès spirituel et développement social d’autre part.

Le premier défi àrelever est la prise en compte de la complexité et des contradictions. Le pluralisme défini comme une invitation àeffectuer un choix, un arbitrage entre plusieurs ordres et plusieurs valeurs qui ne s’excluent pas nécessairement, est au cÅ“ur de notre approche.

« Deux ou plusieurs logiques différentes peuvent être liées en une unité, de façon complexe, complémentaire, concurrente, antagoniste  » (E. Morin).

Dans les sciences sociales comme dans les sciences de la nature, les lois simples qui fonctionnent en scindant et en décomposant les phénomènes se révèlent insuffisantes.

Seule une approche complexe peut se révéler féconde, tant pour la prise de décision stratégique et économique que pour les arbitrages démocratiques ou la vie quotidienne.

Il s’agit donc de redonner sa dignité àune action politique qui intègre, outre la conscience de ses limites, l’immense complexité sociale et culturelle.

La pensée progressiste, habituée àraisonner en termes simples (simplistes), doit réapprendre àconcilier plusieurs idées différentes et admettre que certaines questions ne peuvent avoir de réponses définitives.

Le constat et l’affirmation de la complexité ne peuvent toutefois servir de prétexte àla démission de l’esprit, encore moins àla confiscation du débat et des décisions par des « experts  ».

Plus que jamais, il est indispensable de dénoncer "l’abus de savoir" dont ceux-ci se rendent coupables quotidiennement. Si la réalité est complexe, elle n’en demeure pas moins compréhensible.

Accéder àsa compréhension est possible et nécessaire au plus grand nombre et particulièrement àceux qui subissent l’aliénation et la domination. L’émancipation sera demain comme hier, essentiellement et prioritairement culturelle.

L’Education permanente, définie comme capacité àl’interprétation critique, restera une des valeurs majeures du Mouvement Ouvrier, spécialement àl’heure où s’impose un renouvellement des repères intellectuels de la gauche.

Pour le MOC, une culture de progrès signifie tout àla fois :

- culture de liberté, c’est-à-dire notamment de création, d’innovation, d’imagination tant est capitale la question des signes et des symboles sans lesquels aucun imaginaire social collectif ne peut vivre ;

- culture de société, c’est-à-dire de confrontation de débats vivants et profonds permettant au maximum d’acteurs de créer les valeurs et de participer aux décisions collectives ;

- elle signifie donc aussi culture de participation : quand les questions sont traitées par les experts, les techniciens sans légitimité démocratique, l’idée du pouvoir confisqué se renforce.

La démocratie de délégation, de représentation a besoin de se conforter par une démocratie de participation. A cet égard, nous soulignons le rôle irremplaçable du réseau associatif. En effet, la possibilité d’avoir accès àune responsabilité dans la société ne dépend plus du tout de l’action propre de l’Etat central en tant que puissance publique, mais davantage sans doute d’actions coopératives et associatives.

Dans cette éducation àla citoyenneté, nous voulons souligner les rôles fondamentaux irremplaçables et respectifs de :

- l’école : la crise qu’elle traverse - car elle n’a plus le monopole de l’éducation et que son rôle n’est plus compris - rend urgent l’adaptation du système éducatif. Il faut rappeler sa mission première : former des adultes libres, c’est-à-dire tout d’abord faire naître et développer chez les enfants les capacités àapprendre et àpenser par soi-même, développer les qualités intellectuelles et morales de responsabilité, d’autonomie, de solidarité, d’esprit critique, … Réhabiliter cette mission fondamentale implique aussi la lutte contre les discriminations sociales, raciales, sexistes qui sont un obstacle àune intégration véritable et pleine ;

- l’Education permanente portée par les associations multiples, les syndicats, les mutualités, les organisations de femmes, de jeunes, les mouvements d’Education permanente d’adultes… dont l’objet principal est le développement des capacités critiques, de la raison analytique sur les questions politiques, économiques et sociales. Elle vise la formation de la connaissance politique chez le plus grand nombre. Pour cette raison, et parce qu’elle porte de surcroît un véritable projet global de société (culturel, économique et politique) et qu’elle intègre l’action efficace dans sa démarche,elle est, comme disait Max Bastin "une des voies majeures du renversement de l’ordre des choses qui depuis l’industrialisation a maintenu les uns dans le pouvoir et les autres dans la servitude." ;

- l’extraordinaire émergence des médias est àprendre en compte également. A la fois indépendante comme jamais des pouvoirs politiques et vulnérable aux forces de l’argent, la presse a acquis une influence considérable, qui tend àbouleverser l’équilibre même du pouvoir. La responsabilité est grande. Elle peut être facteur d’appauvrissement culturel extrême, de recul des consciences comme elle peut être riche d’ouverture sur des horizons nouveaux et constituer un facteur décisif dans la recréation d’espaces publics de délibération et de culture de progrès. Le sort et les moyens réservés àla presse d’opinion ainsi que la question du service public de télévision constitueront encore pour longtemps des enjeux majeurs de l’action du Mouvement Ouvrier.

4. Une société démocratique caractérisée par l’émergence de pouvoirs politiques démocratiques au niveau national, européen et international

Le christianisme, la Réforme mais aussi la Renaissance, et plus tard, la philosophie des Lumières, en ont été, dans nos sociétés contemporaines, des moments essentiels. Comme toutes les grandes idées qui ont éclairé l’humanité, l’idéal du Mouvement Ouvrier a aussi parfois dérapé, dévié vers des lectures totalisantes et totalitaires de la réalité et c’est aussi en son nom que fut anéanti l’humain en l’homme (régimes communistes).

Il nous faut prendre acte, radicalement, définitivement, du naufrage des grandes utopies totalisantes et affirmer notre adhésion sans concession aux principes de la démocratie, ce qui signifie d’abord et avant tout, reconnaissance du pluralisme, de la contradiction entre plusieurs ordres de valeurs, appel àla loi et au contrat, reconnaissance et organisation de l’expression des conflits entre classes, groupes, convictions … promotion d’une société politique au sein de laquelle, partis, syndicats, associations organisent le débat, gèrent les conflits et concluent des compromis … jamais définitifs.

Un nouveau totalitarisme guette cependant : celui du "tout au marché", celui de l’argent.

"Les hommes politiques doivent savoir qu’ils sont désormais sous le contrôle des marchés financiers.", Tietmeyer, Gouverneur de la Bundesbank allemande, 3 février 96 àDavos.

La mondialisation de l’économie capitaliste de marché est un fait indéniable et irréversible. Faut-il pour autant se soumettre àses logiques et ses contraintes ? Le politique doit-il renoncer àgouverner l’évolution des sociétés ?

Il est au contraire indispensable de renforcer les pouvoirs politiques et sociaux àtous les niveaux, du local au mondial. Retrouver et consolider les espaces publics de libération et de décision démocratique restera un des enjeux majeurs du combat àvenir. Dans un même mouvement, le Mouvement Ouvrier devra travailler àrequalifier l’Etat, construire l’Europe et travailler àl’émergence d’une véritable communauté de nations démocratiques.

4.1 Relégitimer l’Etat

Requalifier l’Etat est une priorité capitale. Outil de la volonté collective de faire prévaloir l’intérêt de tous sur les intérêts de chacun, il devra veiller prioritairement àdévelopper les droits économiques, politiques, culturels et sociaux de tous les citoyens. Mais au moment où il voit son champ d’action s’étendre, les fondements de son intervention sont remis en cause. Il doit impérativement favoriser une forme de ciotyenneté où tous partagent la responsabilité. Mais il ne peut abandonner sa fonction de garant du contrat social qui le conduit àfixer le droit, àgarantir les règles du jeu.

Pour garantir la cohésion nationale, il a besoin d’être relégitimé, requalifié. Garantir la solidarité nationale, assurer la production, la gestion et le développement de certains biens et services, augmenter la qualité et l’efficacité de son action ne pourront se réaliser si un consensus large et fort n’est pas trouvé sur la légitimité de son action.

La légitimité de l’Etat, cependant, repose aussi sur sa nature et son fonctionnement démocratique, ce qui signifie pour le MOC que tous les secteurs de la vie en société doivent reposer sur une organisation et une animation démocratique : culture, Education permanente, enseignement, mass-média, économie, finance, armée, santé, justice, espace et environnement, institutions politiques et religieuses. Il faut en outre que son action soit efficace et perçue équitable et juste par le plus grand nombre. Cela est vrai notamment pour la question de l’impôt qui doit àla fois être perçu de façon équitable mais aussi utilisé àbon escient pour les enjeux considérés comme prioritaires par une majorité de citoyens.

C’est aussi le cas pour le droit qui doit être appliqué de façon transparente et dans la justice.

Le pouvoir politique doit être organisé de telle façon que les décisions àprendre le soient au niveau le plus proche du peuple, et cela en fonction des matières traitées. La perspective fédéraliste s’articule logiquement sur notre vision des structures de notre pays et de l’Europe.

Cette restitution du pouvoir politique démocratique suppose que les citoyens soient en permanence informés et que leurs possibilités d’expression soient multipliées.

Les décisions doivent être prises par des institutions démocratiques élues et leur exécution doit faire l’objet d’un contrôle également démocratique. A cette fin, il faudra recourir àdes formes de démocraties de base et d’autogestion.

En outre, pour le MOC, un Etat démocratique se caractérise par la pertinence et l’efficacité des fonctions redistributives qu’il assure tant par la fiscalité, la sécurité sociale que par l’organisation d’un certain nombre de services publics de qualité et accessibles àtous.

L’indépendance des pouvoirs publics vis-à-vis des pouvoirs économiques et financiers doit être sauvegardée.

4.2 Construire l’Europe

Le projet européen n’est pas né de la volonté de faire un grand marché, mais de celle de conjurer la malédiction des guerres.

Aux raisons historiques qui ont justifié la nécessaire construction européenne (géopolitique interne, résistance àl’expansionnisme stalinien) s’en sont ajoutées de plus récentes : la mondialisation des échanges et les interdépendances économiques, la supériorité nord-américaine, l’émergence d’une zone pacifique (USA-Japon) comme centre de gravité, … rendent la coopération solidaire nécessaire et urgente.

L’Europe constitue l’espace pertinent pour mieux maîtriser l’avenir. Elle ne peut se contenter d’être une zone de libre échange, un grand marché commun, mais doit surtout devenir une communauté cohétente disposant de sa propre vision, de son avenir propre et de celui du monde et exerçant ses propres responsabilités.

Pour cela, elle devra cependant dépasser la réalité du marché unique, être plus qu’une Union économique et monétaire pour devenir pleinement une Europe politique et sociale, contrôlée démocratiquement. Cela signifie prioritairement :

- harmoniser les politiques fiscales de tous les pays européens dans le sens du renforcement des moyens aux Etats et àla Communauté ;

- avancer concrètement vers un Droit Social Européen et une harmonisation du système de Sécurité sociale « vers le haut  » ;

- la mise en oeuvre d’une politique étrangère et de sécurité commune par l’union politique. Il s’agit lànotamment de concevoir et d’opérationaliser des relations ouvertes et positives avec le reste de l’Europe mais aussi avec le Sud. A cet égard, la construction d’une Europe politique forte, capable de contrebalancer l’omnipotence des USA est essentielle pour le tiers-monde ;

- renforcer la légitimité des institutions politiques et le contrôle démocratique.

4.3 Un espace mondial solidaire et pacifique

Certains pays progressent, d’autres s’enfoncent. A l’intérieur de chacun d’entre eux, les disparités grandissent. Le problème du sous-développement est devenu plus complexe. Il n’en demeure pas moins majeur.

Le sous-développement est cause de misères extrêmes, de morts, de guerres, mais aussi de la montée des intégrismes, des fondamentalismes, de migrations massives, …

Pour le Mouvement Ouvrier, le codéveloppement en partenariat entre les peuples et les nations pourra garantir la paix et changer les relations de confrontation en relations de coopération.

L’agencement d’une nouvelle organisation mondiale, garante de la paix et de la solidarité entre les peuples constitue le grand enjeu du siècle prochain.

Dans cette perspective, la construction d’une communauté organisée des nations démocratiques constitue un enjeu majeur. L’état actuel d’immaturité, d’inachèvement, voire de déséquilibre des institutions et des procédures démocratiques àl’échelle transnationale, laisse un immense chantier tant aux organisations nongouvernementales qu’aux pouvoirs publics démocratiques.