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« Ne commettez pas un double crime ! »

mardi 24 juin 2008

En Guinée, la vie est de plus en plus misérable. La population est privée de tout. Les droits de l’homme sont chaque jour bafoués. L’aide des Guinéens de l’étranger est vitale. La présidente de la CNTG lance un appel aux Belges et àla communauté internationale.

Rabiatou Serah Diallo« Ils ne nous soumettront plus ! » De passage en Belgique en avril 2007, Rabiatou Serah Diallo, secrétaire générale de la Confédération nationale des travailleurs de Guinée (CNTG), avait témoigné de la misère et de l’espoir de tout un peuple (1). Après des mois d’une révolte déterminée malgré la répression meurtrière, un nouveau Premier ministre avait été choisi parmi cinq candidats proposés par les syndicats. Son gouvernement devait mener une restructuration profonde. Un peu plus d’un an plus tard, l’espoir s’est effondré. Le 20 mai dernier, ce Premier ministre a été limogé. Le Président tellement contesté par le peuple s’est accroché au pouvoir. Il vient de nommer un nouveau Premier ministre qui appartient àses réseaux.

Plus rien àmanger

De passage en Belgique pour un séminaire de la Confédération syndicale internationale (CSI), Rabiatou Serah Diallo a une nouvelle fois appelé au secours pour son peuple : « Un nouveau gouvernement est en cours de constitution. Avec les secrétariats d’Etat, il devrait compter 36 ministres ! C’est énorme, quasi le double du gouvernement précédent. Tous ces gens vont être équipés, vivre dans l’abondance… Pendant ce temps, la population meurt de faim. La flambée des prix des denrées alimentaires que vous vivez ici, touche très durement l’Afrique. Chez nous, le sac de riz coà»te 225.000 francs. Les gens n’ont plus rien àse mettre sous la dent et ce n’est pas une image, c’est la réalité ». Rabiatou Serah Diallo repousse son assiette. « Quand je viens ici, vous me donnez de bons repas, vous prenez soin de moi. Mais je ne peux pas manger. Je ne peux pas quand je pense àmes enfants, àmes frères et sÅ“urs, àmon peuple ». Malgré son courage immense, sa volonté inébranlable, Rabiatou laisse échapper sa détresse.

L’énergie du désespoir

Celle que d’aucuns appellent « la Mandela du syndicalisme » s’est trouvée en première ligne du combat de son peuple. Elle a dirigé le mouvement de contestation qui avait permis l’accession au pouvoir du Premier ministre récemment limogé. Elle a été mise en prison, menacée de mort. Inlassablement, elle a continué la lutte. Aujourd’hui, les combats sont àrecommencer. Les Guinéens vont continuer àse battre, car ils n’ont pas d’autre choix. Ils vont le faire avec la seule énergie du désespoir : « Voici un an, les Guinéen était déjàmisérable, il l’est plus encore aujourd’hui. On nous traite moins bien que des chiens. Nous n’avons plus rien àmanger. Nous n’avons plus d’eau potable alors que mon pays est le château d’eau de l’Afrique de l’Ouest et que toutes les sources partent de chez nous… Nous n’avons pas d’accès aux soins. Dans certains hôpitaux, il n’y a pas de lit et les malades sont soignés par terre, sur le sol… Nos enfants n’ont pas accès àl’éducation. Livrés àeux-mêmes, ils sombrent. »

Silence de la Communauté internationale

Les leaders syndicaux Rabiatou Serah Diallo à l'Assemblée nationale guinéenne Quand elle évoque cette situation, la voix de Rabiatou vibre de colère, de révolte. « Notre pays est extrêmement riche : or, diamants, fer, uranium et bauxite sont présents en abondance. Mais nos dirigeants nous prennent tout. La Communauté internationale ne dit rien, elle laisse faire car elle a besoin de nos biens. Pourquoi ne dénonce-t-elle pas la mauvaise gouvernance, la gabegie du Président et de ses réseaux ? » Il est vrai que la Guinée ne fait pas la « Une » des médias. On n’en parle guère, ce qui pourrait laisser croire que tout va bien. C’est malheureusement loin d’être le cas.
« L’insécurité est permanente. A 19 h, il fait nuit noire et les coupures d’électricité sont quotidiennes. Chacun s’assied chez soi, sur le qui-vive. On entend tirer partout…  ». En Guinée, les Droits de l’Homme sont un vain mot. Les emprisonnements sont arbitraires. L’armée tire àvue sur les manifestants. « Nous ne nous y retrouvons plus nous-mêmes, observe Rabiatou. Car, dans l’armée, il y a plusieurs factions : il y a les militaires et puis les bérets rouges de la présidence. Certains militaires se mutinent et réclament le départ de quelques généraux… »

Insécurité permanente

En effet, les jours derniers, des militaires mutins ont manifesté pour obtenir les arriérés de leur solde, dus depuis 1996. Cela a ensuite été le tour des policiers puis des enseignants. L’aéroport a été bloqué… « Le pays n’est pas géré, remarque Rabiatou. Le peu que l’on avait obtenu est perdu. De plus, les promesses faites au peuple n’ont pas été tenues. Le Premier ministre choisi par nous n’avait pas les mains libres pour bien travailler. La mésentente avec le Président était profonde et il n’a pas su s’appuyer sur les forces de changement… Avec le nouveau gouvernement, cela ne peut qu’être pire encore ».
C’est donc la débrouille. « Aujourd’hui, celui qui a l’argent a le pouvoir. Les gens sont dans une telle misère qu’ils acceptent de faire des choses avec lesquelles ils ne sont pas d’accord pour avoir de quoi assurer un repas àleur famille. Certains prennent une arme et tirent pour obtenir ce qu’ils veulent. L’insécurité est permanente. Et nous, que pouvons-nous faire ? Nous sommes seuls et sans moyen. Il faut que l’Union africaine se réveille car si la Guinée flambe, toute l’Afrique de l’Ouest va s’embraser ».

« Ne renvoyez pas les sans-papiers ! »

« Notre peuple ne mérite pas cela ! La possibilité de réagir existe encore, il faut la soutenir. Il faut que l’on sauve les enfants de Guinée » clame Rabiatou Serah Diallo. Elle est elle-même la maman de 6 enfants, actuellement dispersés pour des raisons de sécurité. Elle en appelle àtous les Belges pour qu’ils soutiennent les Guinéens qui, en Belgique et en France, sont sous le coup d’une menace d’expulsion vers la Guinée : « Ceux que vous appelez les sans-papiers ont réussi às’enfuir en Europe ou en Amérique au péril de leur vie. Ils ont risqué la mort pour chercher un peu de bien-être, un peu de bonheur. Tous les hommes n’ont-ils pas droit au bonheur ? Grâce àleurs petits boulots, ils envoient de l’argent àleurs familles. Ce sont eux qui tiennent le petit bout de ficelle qui permet au pays de ne pas totalement sombrer » explique Rabiatou. Elle ne peut admettre leur expulsion : « Ne renvoyez pas les sans-papiers guinéens, vous commettriez un double crime : vous les enverriez àla boucherie et vous priveriez les familles qu’ils font survivre de leur dernier soutien, de leur dernier espoir ». Tous ceux qui avaient pleuré sur le sort cruel de Yagine et Fodé, ces deux jeunes Guinéens trouvés morts dans un train d’atterrissage àZaventem, tous ceux qui s’étaient émus de leur message pathétique, doivent agir maintenant.

Anne-Marie Pirard

(1) Voir « L’info » n° 16 du 20 avril 2007 et le site www.csc-en-ligne.be