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Compte-rendu du Midi du Monde du 7 novembre 2008 "Crise financière mondiale, quelles conséquences pour le Sud ?"

vendredi 21 novembre 2008

Le thème du « travail décent » sera le fil conducteur de l’action de la commission Solidarité Mondiale de Liège au cours de cette année 2008-2009. Pour démarrer celle-ci, nous proposions une conférence/débat « Midi du Monde » sur les effets de la crise financière mondiale sur les pays du Sud.

Avec Jean-Christophe Defraigne, spécialiste de l’économie européenne et chinoise, professeur à L’Institut d’Études Européennes des Universités de Louvain et Saint-Louis de Bruxelles.
Compte-rendu d’après son intervention :

Évolution des mouvements de capitaux entre pays économiquement développés et émergents

Après 1945,

le système de Bretton Woods [1]
, notamment mis en place suite à la crise de 1929, ainsi que l’existence des monnaies nationales en Europe, permit un meilleur contrôle des mouvements de capitaux internationaux. En particulier au niveau des États nationaux et de leur différente banque centrale qui pouvait contrôler davantage les sommes entrantes et sortantes du pays, rendues plus visibles par les changes entre monnaies nationales et, principalement, le dollar.

Durant les « trente glorieuses »,

soit de la fin de la guerre aux années 70, le chômage baisse, les salaires augmentent et les revendications syndicales obtiennent des avancées, notamment en matière de protection sociale accrue. Cela se traduit par une augmentation des prélèvements fiscaux et une pression plus importante sur les revenus de la finance. Bien vite, des stratégies vont se mettre en place pour contourner ces obstacles, entre autres, à travers des mouvements de capitaux internationaux de plus en plus nombreux.

A partir des années 70,

de nombreux pays « émergents » (Corée, Mexique, Brésil, Yougoslavie, Roumanie…) vont devoir s’endetter pour développer leurs industries, notamment en achetant des brevets technologiques aux pays occidentaux. Or, à cette époque, il est très facile de s’endetter : les pays « développés » connaissent de l’inflation, disposent d’énormément de liquidités à écouler et acceptent de prêter massivement à des taux très avantageux. Ces prêts seront notamment octroyés par des banques privées comme celles faisant partie du « Club de Londres » [2].

Dés les années 80-90,

suite à la crise des années 70, ces taux d’intérêts vont augmenter considérablement et rendre de nombreux pays « émergents » incapables de rembourser leurs dettes à l’égard des pays développés et rendre les banques de ceux-ci beaucoup plus méfiantes et réticentes à octroyer de nouveaux crédits à ces pays émergents, plongeant ceux-ci dans de véritables crises financières. Certaines banques privées américaines se retrouvent également dans des situations très difficiles ayant prêté à des pays émergents ne sachant plus rembourser. A l’époque déjà, c’est l’État, ou plutôt le contribuable américain, qui intervient pour racheter ces créances douteuses.

C’est ainsi que les mouvements de capitaux spéculatifs vont être retirés, au gré des conjonctures économiques, de certains pays émergents au profit d’autres jugés plus sûrs : quittant l’Asie pour la Russie de Boris Eltsin puis pour l’Amérique du Sud…laissant derrière eux des pays tenus de rembourser des dettes colossales à coups de « Plans d’ajustements Structurels » [3] , sorte d’obligation de bonne gestion imposée aux pays endettés par leurs créanciers réduisant largement la part de leur budget national dans l’éducation, la santé, la protection sociale etc. De nombreuses banques des pays émergents passent ainsi sous contrôle des Etats-Unis ou de pays européens.

Par rapport à ces « attaques spéculatives », une des stratégies de défense des pays émergents sera alors de créer d’importantes réserves de monnaie pour ne plus devoir s’endetter. Dés lors, plutôt que de s’endetter pour se développer industriellement, la stratégie sera d’accueillir des entreprises étrangères, en particulier des multinationales occidentales, afin d’augmenter les exportations de marchandises et ventes de matières premières pour amener de l’argent dans le pays.

Crise actuelle dans les pays développés

Depuis la crise des années 70, la croissance des pays occidentaux est en baisse due au fait que les salaires stagnent et que les ménages consomment moins.

La situation est encore plus aigue aux Etats-Unis où les petits salaires ont connu une baisse de leur pouvoir d’achat de l’ordre de 40% depuis les prospères années 60… ce qui a entraîné un surendettement en constante augmentation depuis les années 80 et en particulier depuis 2000. C’est à ce moment, suite à l’éclatement d’une bulle spéculative misant sur les nouvelles technologie de l’information, que les capitaux financiers se sont repliés sur le marché immobilier comptant sur le fait que la valeur des biens immobiliers ne cesserait de continuer à croître. Cela c’est avéré faux lorsque cette bulle de spéculation sur l’immobilier a également éclaté, provoquant la fameuse crise des « subprimes ».

Si l’on ajoute que le Président Bush a mené, tout au long de son mandat, une politique de diminution de l’impôt en particulier pour les revenus les plus riches, en plus d’une guerre en Irak extrêmement coûteuse, on comprend pourquoi la dette publique des États-Unis a véritablement explosé ces derniers temps. Les pays émergents financent en grande partie cet endettement généralisé de la société américaine.

Cette situation très difficile des Etats-Unis, avec près de 2 millions de familles qui ont perdu leur logement, le prix de l’immobilier qui chute parallèlement à l’accès à l’emprunt rendu beaucoup plus difficile amenant à une baisse de la consommation, ne doit pas faire oublier que l’Europe est également touchée et qu’une récession économique y est d’ores et déjà prévue.

Conséquences de la crise sur les pays émergents

Certain pays émergents sont directement touchés par la crise, notamment ceux qui ont placé de l’argent en Europe (Une banque chinoise avait par exemple investi dans Fortis…) ou aux États-Unis, grande source de placements pour l’économie chinoise en particulier.

La crise va certainement provoquer une baisse de la demande de matières premières de la part des pays développés ce qui entraînera une diminution de leurs prix ainsi qu’une baisse d’investissements dans ce secteur ; ce qui touchera directement les pays émergents dont l’économie est centrée sur l’exportation de ces matières premières. La chute sera d’autant plus dure du fait que le prix de celles-ci n’a fait qu’augmenter depuis la fin des années 90.

Emprunter et avoir accès aux marchés de capitaux va devenir encore plus difficile voire impossible pour de nombreux pays en voie de développement, rendant leur situation macro-économique de plus en plus instable.

La crise et ses conséquences sur l’emploi dans les pays occidentaux risquent d’entraîner des réactions de protectionnisme, voire de nationalisme, qui ne seront pas sans conséquences sur les relations entre les pays les plus riches et les plus pauvres, au niveau des échanges commerciaux ou de l’investissement mais également, par exemple, au niveau de l’aide au développement.
Après la crise ?

Les conséquences mondiales de cette crise, principalement dues à la dérégulation financière cautionnée depuis les années 70 par les États occidentaux, dépendront de la manière dont ceux-ci vont réagir prochainement.

Le risque est grand que les décisions se prennent dans le sens de l’austérité budgétaire avec une réduction des dépenses publiques (comme en France où une partie des fonctionnaires, arrivés à l’âge de la retraite, ne sont pas remplacés), un arrêt des plans de diminution de CO² pourtant urgents et une mise à mal de notre modèle social. De ce point de vue, les pressions exercées sur l’Europe pour revoir nos acquis sociaux à la baisse et adopter un modèle minimum proche de celui des Etats-Unis (ou du Japon par exemple) risquent de s’intensifier (alors qu’avec une part du PIB deux fois plus important que chez nous consacrée à la santé, on sait que l’espérance de vie aux États-Unis est de deux ans plus courte que la nôtre !).

De manière générale, une politique d’austérité appliquée selon le principe que diminuer les charges sociales va stimuler l’économie aurait surtout pour conséquence d’affaiblir encore plus la consommation et donc à terme l’emploi, voire augmenter l’endettement et donc…la spéculation ! Le risque est grand également, qu’en réaction à la crise et dans l’urgence, de véritables réformes structurelles allant dans ce sens soient prises, affaiblissant notre modèle social pour de longues années.

C’est pourquoi il est important de se mobiliser pour n’accepter aucune concession à la crise économique dans le sens d’une remise en cause des acquis sociaux et d’attaques profondes portées à notre système de sécurité sociale. C’est au contraire pour défendre notre modèle social qu’il faut faire pression, voire pour que les États-Unis s’en inspirent eux-mêmes. Egalement pour que l’État continue à jouer pleinement son rôle et intensifie celui-ci, entre autres, pour imposer fiscalement davantage les revenus du capital. C’est également au sein de chaque entreprise qu’il faudra se mobiliser pour faire face aux pressions visant à augmenter la flexibilité du travail. En effet, la plupart du temps, on sait que les bénéfices supplémentaires que permet cette augmentation de la flexibilité ne débouchent pas sur de la création d’emplois supplémentaires ou de l’investissement mais vont aux actionnaires en engendrant des bulles spéculatives et non en soutenant l’économie réelle, conduisant à terme à ce type de crise que l’économie mondiale vient de subir.

De plus, il ne faut pas que la population paie deux fois les conséquences de la crise. Les spéculateurs sont tout de même responsables de celle-ci, or pour y faire face, les États et donc leurs contribuables, s’endettent auprès d’eux et surtout, une nouvelle fois, à leur profit.

Questions/réponses

La crise constitue t-elle une opportunité pour les pays en développement de se structurer économiquement et de prendre une place plus importante en tant qu’acteurs économiques et politiques sur la scène mondiale ?

L’exemple du MERCOSUR [4] n’est pas très encourageant, très affaibli par les crises économiques du Brésil et du Mexique, cette structure reste en plus très dépendante des Etats-Unis. De manière générale, la place dominante du dollar américain dans les échanges économiques internationaux rend difficile de telles initiatives au niveau des pays en développement et cette situation est encore loin de changer.

De quelle manière l’Union Européenne réagit-elle à la crise ?

Pour l’instant, il s’agit bien plus de coopération inter-gouvernementale où ce sont les grands États qui prennent les décisions et les petits qui suivent, que d’une véritable position commune européenne. Cela pose une fois de plus le problème du manque de moyens de l’Union Européenne (avec un budget équivalent à 1% des richesses des États membres alors qu’aux Etats-Unis on est plus proche des 40%...). Ce qui pose également la question du « que fait-on ensemble ? » de l’Union Européenne : va-t-on continuer à libéraliser le marché de l’emploi au risque de susciter toujours plus de rejet et de manque d’adhésion de la part de la population ? Va-t-on continuer à accueillir des pays pauvres au sein du l’Union sans leur donner les moyens nécessaires pour améliorer leur situation ? Des pays comme la Roumanie ont été bien moins aidés, lors de leur adhésion, que l’Espagne ou le Portugal.

Sur les « subprimes »

C’est vrai que l’on a réagi plus vite qu’en 1929 mais il faut voir jusqu’où toutes les réactions en chaîne dues à cette crise vont nous mener. Maintenant, tout le monde dit qu’il faut aller vers plus de régulation mais la régulation existait déjà ! La vraie question est : pourquoi a-t-on laissé la situation dégénérer à ce point ? Pourquoi la vigilance n’a-t-elle pas fonctionné ? Il faut se poser de vraies questions sur les collusions d’intérêts entre une partie du monde politique et du monde financier qui ont pu permettre d’arriver à une telle situation.

[1Les Accords de Bretton Woods (ville des États Unis) sont des accords économiques ayant dessiné les
grandes lignes du système financier international après la Seconde Guerre mondiale. Leur objectif principal fut de mettre en place une organisation monétaire mondiale et de favoriser la reconstruction et le développement économique des pays touchés par la guerre. Ceci en organisant notamment le système monétaire mondial autour du dollar américain, mais avec un rattachement nominal à l’or.

[2Le Club de Londre est un groupe informel de créanciers bancaires privés occidentaux qui s’occupe de dettes publiques

[3Voir aussi le « consensus de Washington » , expression créée en 1989 pour résumer les mesures standard alors recommandées aux économies en difficulté, notamment celles d’Amérique latine, par les institutions financières internationales situées à Washington, que sont la Banque mondiale, le Fonds monétaire international soutenues, en la matière, par le Département du Trésor américain. Le « paquet » de réformes alors recommandées aux États surendettés comporte presque systématiquement, comme solution à cette crise de la dette accompagnée de récession et d’hyperinflation, une stricte discipline budgétaire et donc la diminution des dépenses publiques, la promotion des exportations (au détriment parfois du marché intérieur) et la libéralisation du commerce extérieur. La relance, plutôt que par le déficit budgétaire doit se faire par l’investissement privé et la consommation avec un « coup de pouce » fiscal et une baisse des taux de l’Impôt direct.

[4MERCOSUR signifie littéralement « Marché Commun du Sud », communauté économique des pays de l’Amérique du Sud créée en 1991