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Compte-rendu Midi du Monde du jeudi 5 mars 2009 sur les femmes et le travail décent

vendredi 20 mars 2009

Dans le cadre de la journée d’action de Vie Féminine Liège-Chênée en lien avec la Journée Internationale de la Femme de ce 8 mars 2009, nous recevions Carole Crabbé responsable de la campagne "vêtements propres" pour un Midi du Monde sur le thème : "Un travail décent pour les femmes : une priorité pour tous ?" Voir l’invitation pour ce Midi du Monde

Tout d’abord un constat :

La majorité des travailleurs pauvres dans le monde, c’est à dire ceux qui n’arrivent pas en travaillant à dépasser le seuil de pauvreté, sont des femmes.
Ce constat s’applique bien évidemment au pays du Sud mais également chez nous, en particulier, en ce qui concerne les travailleuses de la grande distribution.
Les femmes constituent également la majorité des travailleurs migrants entre pays ou au sein d’un même pays (ce qui va à l’encontre de l’image traditionnelle du migrant que l’on peut avoir chez nous, celle d’un père de famille qui va travailler à l’étranger pour faire vivre sa famille).De manière générale, dans le monde, les femmes représentent la majorité de la main d’œuvre de l’industrie et en particulier du secteur textile.

Raisons de cette situation :

l’accès à l’éducation : si une famille pauvre ne peut se permettre que d’envoyer un seul enfant à l’école, ce sera un garçon, la fille ira travailler.

Dans de nombreux pays, la situation sociale de la femme fait qu’elle est contrainte d’accepter n’importe quel travail pour survivre en étant sous-payée.

Les femmes ont également beaucoup plus de difficultés pour s’organiser en syndicats afin de défendre leurs droits : se réunir ou se former à cause des tâches familiales et domestiques qu’elles doivent souvent assumer en plus de leur travail. La très grande majorité des leaders syndicaux sont d’ailleurs des hommes. Syndicats et ONG doivent veiller à mieux adapter leur action au fait que la majorité des travailleurs pauvres sont des femmes (adapter les horaires de formation, de réunion, revoir la manière de les recruter, de les contacter…)

La campagne « travail décent » place au cœur de ses revendications les droits fondamentaux des travailleurs définis par l’OIT

Cinq d’entre eux sont particulièrement importants :

Interdiction du travail des enfants

L’absence de discrimination, y compris au niveau des inégalités salariales.

Le droit de s’associer, droit duquel de nombreux autres peuvent découler.

L’interdiction du travail forcé. Ce qui ne concerne pas que l’esclavage au sens strict. Par exemple, en Inde, dans l’industrie du tapis, on trouve des enfants qui travaillent pour rembourser la dette de leurs parents, on peut également citer le travail des prisonniers en Chine ou encore le fait de devoir être obligé de faire des heures supplémentaires sous peine d’être licencié.

Le droit à un salaire décent. Ce qui est loin d’être la norme dans de nombreux pays. Par exemple en Inde ou au Bangladesh un travailleur du textile gagne bien souvent 20€ par mois ce qui n’est pas assez pour vivre décemment mais suffit tout juste à louer une baraque en tôle avec une toilette et une cuisine commune pour de nombreuses familles. Cette question du salaire décent est d’autant plus importante pour les femmes : nombreuses d’entre elles sont la principale source de revenu de toute leur famille.

L’industrie du textile

C’est l’industrie la plus volatile qui soit, il suffit, en effet, d’un certain nombre de machines à coudre, d’un atelier et d’une main d’œuvre peu qualifiée pour constituer une unité de production. Un atelier peut être délocalisé en l’espace d’une nuit comme cela s’est déjà vu. Dès lors, cela fait plus de 30 ans que cette industrie subit des délocalisations, principalement vers l’Asie mais aussi le Maroc ou la Turquie.

Certains sous-traitants de la marque « Nike » par exemple, illustrent bien cette réalité : situés en Corée jusque la fin des années 80, ces usines seront délocalisées en Indonésie (alors en dictature) pour ensuite, une fois la dictature tombée, aller vers des destinations suggérées par Nike telles que la Vietnam ou la Chine où la liberté de s’associer pause moins de problèmes. Cet exemple illustre bien le nivellement, par le bas, à travers la recherche constante du profit maximum par lequel se développe et évolue l’industrie du textile .Il s’agit bien d’une industrialisation de la régression sociale et non d’une industrialisation de progrès et d’acquis sociaux progressifs comme nous avons pu connaître en Occident au cours de l’histoire de notre industrialisation.

En parlant de Nike, il faut savoir que sur une paire de chaussure de sport à 100€, seul 0,50€ reviennent au travailleur qui a produit cette marchandise ! Ce qui implique qu’on pourrait, par exemple, doubler le « salaire » de ce travailleur en n’ayant quasiment pas d’impact pour le consommateur au niveau du prix d’achat. De manière générale, le coût de production réel d’une chaussure de sport ne correspond plus qu’à plus ou moins 8% du prix que paie le consommateur. La publicité, par exemple, y a désormais une part bien plus importante, dans ce sens, nous achetons bien plus une « image » qu’une marchandise et le travailleur qui a produit la chaussure ne bénéficie que d’une infime partie des bénéfices engendrés par la vente de cette marchandise.

Responsabilité des acteurs :

La marque : la recherche de la position concurrentielle et du profit maximum à court terme est bien davantage prioritaire que le soucis de rémunérer de manière décente les travailleurs.

Les patrons des usines qui sous-traitent : sont également la plupart du temps plus soucieux d’augmenter leur marge de profit que le salaire de leurs travailleurs.

Les pouvoirs politiques sur les territoires desquels se trouvent les usines de sous-traitance : laisse bien souvent faire aux entreprises ce qu’elles veulent. Inutile d’ailleurs d’aller trop loin pour trouver des exemples : une entreprise belge de vêtements de travail a fait récemment l’objet de nombreuses critiques de la part d’ONG : en cause, de très mauvaises conditions de travail que subissent les travailleurs d’une usine implantée au Sri Lanka.

La grande distribution (les grandes chaînes de magasins telles que Carrefour, Cora, Colruyt ou Lidl…).
De plus en plus présentes dans le secteur du textile, ces grandes enseignes refusent tout contrôle de la part d’ONG sur les conditions de travail de leurs sous-traitant, la transparence au niveau de celles-ci ou l’adoption d’un quelconque code de conduite en la matière, via notamment des initiatives comme la campagne « Vêtements propres ». On peut citer un exemple récent au Bangladesh où une usine sous-traitante de Carrefour s’est écroulée faisant au moins 60 morts ( !) et de nombreux blessés. L’accident serait lié au fait que cet atelier de 7 étages avait été construit au plus vite sur une zone marécageuse sans aucun souci de norme de sécurité. De plus cet accident s’est produit la nuit faisant de nombreuses victimes parmi les travailleuses qui s’y trouvaient…ce qui est normalement interdit.

Carrefour a été interpellé par la campagne travail décent via, notamment des délégués syndicaux de cette firme, sur le fait que celle-ci devait prendre ses responsabilités notamment au niveau financier vis-à-vis des victimes de cet horrible accident. Rien de significatif n’a été obtenu. Carrefour a tout de même envisagé de faire intervenir sa fondation destinée à des œuvres « humanitaires », mais cela n’a pu se faire parce qu’il ne s’agit pas d’une catastrophe naturelle…

Depuis 10 ans qu’elle existe la campagne « Vêtements propres » a tout de même réussi a obtenir des avancées significatives

Notamment le développement de codes de conduite adoptés et respectés par certaines firmes qui acceptent des visites de contrôle et donc, plus de transparence . La campagne « Vêtements propres » a d’ailleurs récemment publié un rapport reprenant toute une série d’informations sur les conditions de travail des sous-traitants des principales grandes marques de l’habillement, plus d’infos

La campagne « Vêtements propres » vient de publier un rapport sur les conditions de travail du secteur de la grande distribution. Ce rapport intitulé « CASH ! » se base sur une recherche menée en 2008 auprès de 440 travailleurs de 30 usines basées en Thaïlande, au Bangladesh, en Inde et au Sri Lanka. Toutes ces usines produisaient des vêtements pour Carrefour, Aldi, Lidl, Walmart ou Tesco, c’est-à-dire 5 des 10 plus grands distributeurs mondiaux.

De manière plus générale, la pratique du « discount » pose question : Peut-on indéfiniment acheter plus en payant toujours moins ? Ce rapport « cash ! » montre que la politique des prix bas menée par la grande distribution induit des coûts élevés supportés par des millions de personnes à travers le monde. Parmi elles, une large majorité de femmes pauvres, employées dans les usines mais aussi au sein même des magasins.

Le rapport met en évidence des situations graves et des tendances lourdes notamment en matière de salaires insuffisants pour vivre avec heures supplémentaires excessives et obligatoires ; de répression des syndicats et intimidation, des travailleurs ont tentés de s’associer pour défendre leurs droits ; de précarité croissante de l’emploi, contrats à très courts termes, intérimaires et sous-traités.

Questions/réponses

De nombreuses questions ont été posées pour savoir si telle ou telle marque était fiable, si il était utile d’en boycotter certaines pour savoir comment agir en tant qu’individu consommateur sans culpabiliser tous ceux qui n’ont pas les moyens d’acheter autre chose que du « discount »…

La campagne « Vêtements propres » n’appelle pas au boycott, elle vise plutôt à inciter le consommateur à réclamer des garanties sur les conditions de travail qui se cachent derrière ce qu’il achète, de manifester son intérêt pour celles-ci en tant qu’acheteur. Ceci dans le sens où, en tant que consommateur nous pouvons demander ce qui est fait avec l’argent que nous donnons aux grandes enseignes qui nous vendent des vêtements.

De plus la campagne « Vêtements propres » essaie de dépasser la logique de l’acheteur individuel en s’adressant également aux acheteurs collectifs tels que les communes ou les clubs sportifs par exemple. La sensibilisation doit également mettre l’accent sur le fait que nous sommes tous à la fois consommateurs et travailleurs dans le sens où la dégradation des conditions de travail nous concerne autant que les travailleurs du Sud et donc que la mobilisation pour des « Vêtements propres » nous concerne tous.