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Compte-rendu soirée "Société civile au Congo" mardi 8 janvier au Centre Culurel d’Amay

mardi 8 janvier 2008

Présentation et annonce de cette soirée

Voir le dossier de 4 pages du Regards d’avril 2008 sur le compte-rendu des deux conférences sur la société civile au Congo

Pierre Verjans a remplacé Bob Kabamba lors de cette soirée, ce dernier participant à la Conférence pour la Paix de Goma en République Démocratique du Congo (voir la position du MOC par rapport à cette conférence). Collègue de Bob Kabamba à l’Université de Liège où il est chercheur et professeur en sciences politiques, Pierre Verjans a également participé à plusieurs délégations d’experts universitaires sollicités par le Parlement Congolais dans le cadre du processus démocratique en RDC.
Véronique Rousseau, du service international de la CSC, était là comme prévu pour nous parler du rôle et des difficultés de l’action syndicale dans le Sud.

Intervention de Pierre Verjans

La société civile n’est pas un phénomène récent puisqu’il s’agit d’un concept qui remonte au 19ème siècle, Alexis De Tocqueville l’utilise déjà en 1885 dans son étude célèbre sur la démocratie alors naissante aux États-Unis. Traditionnellement, la société civile est une forme d’organisation de la société qui échappe à la fois au système marchand et à l’Etat, en particulier quand ce dernier est impuissant et désorganisé. La plupart du temps il s’agit concrètement de services utiles aux citoyens et pris en charge par eux-mêmes, que ce soit dans le domaine de la santé, de l’éducation ou du travail.

"Quant à l’enseignement, ce sont les parents d’élèves qui le porte à bout de bras, allant bien souvent jusqu’à assurer eux-mêmes la nourriture des professeurs."

En RDC, le développement de la société civile à partir des années 70 a suivi la désagrégation progressive de l’État. En effet, à partir des années 70-80 le taux de pauvreté explose en RDC jusqu’à atteindre 90% à l’heure actuelle. Sont notamment en cause : des années de guerre civile et la longue dictature de Mobutu (1972-1997). La dégradation des routes illustre cet état de fait : dans ce pays qui, il faut le rappeler, est grand 5 fois comme la France, il faut parfois plusieurs mois pour rejoindre en camion certaines villes les plus distantes l’une de l’autre. Quant à l’enseignement, ce sont les parents d’élèves qui le porte à bout de bras, allant bien souvent jusqu’à assurer eux-mêmes la nourriture des professeurs. Ces derniers dans les universités gagnent 50$ par mois, et sont payés avec 3 mois de retard. Quant au système économique, les entreprises autres qu’internationales sont rares, leurs patrons ayant bien souvent fui cette situation. Face à celle-ci et à un État qui s’autodétruit, la population s’organise, bricole et se débrouille elle-même, développant ainsi une société civile tandis que ce qui reste d’État se structure autour du marchandage.

Parallèlement à son développement, la société civile joue un rôle politique croissant. Elle est reconnue et sollicitée lors de la Conférence des Nations Souveraines (grand débat national lancé par Mobutu en 1990 afin que le peuple exprime ses opinions pour améliorer le développement du pays). Par la suite, elle organisera une forte opposition au régime autoritaire de Laurent Désiré Kabila qui renversa celui de Mobutu en 1996-97 lors de la première guerre civile du Congo à laquelle suivra directement une deuxième guerre civile de 1998 à 2002.

Malgré une situation restée potentiellement dangereuse, la société civile à partir de 2003 participe activement à la mise sur pied d’élections démocratiques. Il faut rappeler le défi colossal représenté par ces élections dans cet immense pays de 2 millions de Km² dont on a souligné le mauvais état des voies de communication et la méfiance généralisée partagée par la population vis-à-vis du pouvoir politique. Malgré ces difficultés, l’enregistrement des électeurs a pu s’effectuer quasiment dans chaque village, permettant à 28 millions d’électeurs potentiels de pouvoir voter démocratiquement. Le rôle de la société civile a été déterminant dans cette réussite de même que l’engagement de personnalités remarquables telles que l’abbé Malu Malu. Concrètement de nombreux bénévoles issus de la société civile ont participé à ce processus notamment en étant formés pour devenir observateurs indépendants garantissant le bon déroulement démocratique des élections. Suite à celles-ci, la société civile continue d’ailleurs de rester vigilante.

Voilà donc un aperçu de l’action de la société civile en RDC constituée d’un vaste réseau de citoyens très faibles économiquement ainsi qu’en terme de pouvoir politique mais qui, organisés collectivement, ont réussi à développer des actions formidables et de réelles pressions sur les pouvoirs politiques en place. Ce qui constitue un véritable signe positif pour l’avenir de ce pays.

Intervention de Véronique Rousseau

Classiquement le syndicalisme se définit par la défense des droits des travailleurs basée sur un système de négociation qui part du niveau le plus local vers le niveau national voire international. Partout dans le monde et en particulier dans les pays du Sud cette action syndicale se heurte à des difficultés de différentes natures.

Violences et responsabilité du pouvoir politique

"C’est très simple : il pose son arme sur la table et vous fixe droit dans les yeux… "

Dans de nombreux pays du Sud, impunité et corruption laissent bien souvent de nombreux cas de harcèlement, de crimes et de violation des droits syndicaux impunis.

Au Honduras, voici comment un syndicaliste a décrit à Véronique Rousseau la manière dont se passe une négociation avec son patron : « C’est très simple : il pose son arme sur la table et vous fixe droit dans les yeux… » Suite à ce témoignage, une plainte a été déposée auprès du Tribunal International du Travail et l’OIT (Organisation Internationale du Travail) a mené une enquête. Suite à ces actions, la situation s’est tout de même améliorée.

En Colombie, il faut savoir que 500 syndicalistes se sont fait assassiner depuis 2000. Le gouvernement de ce pays en est indirectement responsable de part « son laisser faire » et son manque de soutien aux droits syndicaux.

Au Zimbabwe également où la situation actuelle est catastrophique au point où la police et l’armée s’en prennent directement aux syndicalistes.

En Birmanie, le gouvernement ferme les yeux sur des situations d’esclavage ou quasi telles.

En Espagne, pas si loin de nous, le gouvernement a récemment régularisé massivement des travailleurs illégaux. Toutefois, un article du code du travail espagnol stipulait jusqu’il y a peu, que les étrangers n’avaient pas le droit de s’organiser syndicalement…

La logique du profit
Ici comme là-bas, les négociations syndicales sont rendues difficiles par l’éloignement de l’entreprise des réels pouvoirs de décision économique et par le fait que ces structures de décision dépassent de plus en plus les limites nationales. Que ce soit dans le cadre de l’Union Européenne ou celui du MERCOSUR (marché commun du Sud) en Amérique latine.

Les zones franches constituent une autre difficulté très actuelle à laquelle est confrontée l’action syndicale internationale. Il s’agit de zones géographiques bien déterminées (par des murs voire des barbelés) dans lesquelles les entreprises peuvent s’installer à des conditions très favorables, au niveau de la taxation ou du loyer par exemple, et sans avoir besoin de respecter la législation du travail propre au pays hôte. Des véritables zones de non-droits syndicaux où les syndicats sont carrément interdits. Les gouvernements des pays dans lesquels s’installent ces zones franches en sont directement responsables puisqu’ils permettent et encouragent même des entreprises à s’y installer moyennant certaines sommes d’argent et en se justifiant par le fait que cela crée de l’emploi et maintient une paix sociale.

Les institutions financières internationales telles que le FMI (Fonds Monétaire International) aggravent la situation des droits sociaux dans les pays auxquels elles prêtent de l’argent à des taux d’intérêt énormes puisqu’elles imposent de surcroît des conditions telles que renoncer à investir dans le social, la santé ou une ébauche de sécurité sociale…

Par rapport à d’autres éléments composant la société civile comme les ONG ou les associations, le mouvement syndical fonctionne de manière plus lourde et complexe. Les mécanismes de décision sont souvent très lents mais ils donnent la garantie d’être soutenus démocratiquement par la base. Lorsqu’elle peut s’exercer l’action syndicale a souvent une efficacité réelle sur le droit des travailleurs. Malheureusement elle reste souvent difficile à organiser parmi des travailleurs pauvres qui ont peu les moyens de cotiser.

Questions/réponses

On demande à Pierre Verjans si il est optimiste concernant les changements politiques qui se mettent en place en RDC et si il est d’accord sur le fait qu’annuler la dette de la RDC envers le FMI est la première chose à faire pour permettre à ce pays de se développer.

Il est vrai, la situation en RDC est constamment au bord du gouffre et d’ailleurs un proverbe congolais plein d’ironie dit « Quand on est au fond du trou…on peut encore creuser ! » Toutefois, Pierre Verjans veut rester positif. Notamment par rapport aux élections qui ont pu être organisées malgré l’étendue et les difficultés propres à ce pays. De plus, du point de vue de la science politique, c’est surtout les deuxièmes élections qui confirment ou non le caractère démocratique d’un système politique et donc c’est en 2011 que l’on estimera les réelles avancées obtenues dans ce domaine. D’autres part, certains événements récents restent encourageants comme la démission du ministre des transports suite à une affaire de corruption ce qui constitue un début de responsabilité ministérielle et politique.

Par rapport à l’annulation de la dette, il ne faut pas oublier que même si malheureusement celle-ci étouffe financièrement les pays qui y sont confrontés, le refus de payer cette dette engendre par contre un problème de crédibilité sur la scène internationale très difficile à gérer par des pays déjà très affaiblis économiquement. De sorte que le dilemme est alors le suivant : le pays paie mais étouffe sous le poids de cette dette ou le pays ne paie plus mais n’a plus de possibilité de trouver des fonds. De manière générale, la question de la dette des pays en voie de développement est une question très complexe que l’on ne peut résoudre directement en voulant l’annuler.

Une intervention pour rappeler qu’une des grandes faiblesses de la société civile est le manque d’organisation et le caractère fragmenté de son action. Ce qui diminue grandement sur le long terme son pouvoir de changement global sur la société. Il serait souhaitable qu’elle s’unisse et se structure davantage comme le fait le monde syndical, de même que celui des grandes entreprises internationales, afin de peser d’un poids plus conséquent sur les décisions politiques et économiques.

Pour Pierre Verjans, un des problèmes de la société civile en RDC est que face à un pouvoir et à une situation politique affaiblie et ambiguë, elle ne sait pas vraiment à qui adresser ses revendications. De manière générale, une action globale et locale ou individuelle, cette dernière au moins pour sa valeur d’exemple, sont complémentaires et chacune nécessaire.

Plusieurs interventions et réponses de Pierre Verjans, ont également permis d’avoir une clarification sur la situation politique complexe de la RDC ainsi que le rôle des pouvoirs occidentaux, notamment la Belgique, dans le maintien et les conséquences désastreuses de la longue dictature de Mobutu. De même l’influence économique croissante de la Chine en RDC et les relations complexes de celle-ci avec les pays limitrophes ont été évoquées.