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Rentrée politique

François Martou : « La situation politique est bloquée »

Entretien avec Vincent Rocour

lundi 22 août 2005

Le président du Moc fait sa rentrée politique, peut-être pour la dernière fois.
Pour François Martou, il y a un problème de pouvoir d’achat. « Il faut donc relever les allocations sociales. »
Et si le VLD coince ? « Le PS a intérêt à aller aux urnes. »

François Martou préside le Mouvement ouvrier chrétien - soit la coupole politique faisant le lien entre le syndicat CSC, la Mutualité chrétienne, la Jeunesse ouvrière chrétienne, Vie féminine et les Equipes populaires. Il commente les enjeux de la rentrée politique.

La rentrée politique devrait être marquée par des préoccupations socio-économiques. Comment se présentent les choses ?

La situation économique n’est pas bonne. Il y a un problème de pouvoir d’achat. L’augmentation du prix du mazout le montre brutalement. Une famille qui doit remplir sa citerne à mazout de 2 000 litres doit débourser 341 euros de plus que l’année dernière. Manifestement, nos dirigeants qui passent leur temps à faire du vélo ou les patrons qui sont payés en stocks option — la Bourse a augmenté de 35 % l’an passé — ne comprennent pas très bien le problème que cela pose.

Mais dans les services de médiation des dettes, on me dit que les dépenses énergétiques des ménages commencent à poser de très sérieux problèmes.

Que peut faire la politique belge dans une situation pareille ?

Je rappelle la connerie géniale de Guy Verhofstadt qui a prétendu qu’il allait créer 200 000 emplois. Qu’est-ce qui fait des emplois ? Un gouvernement tout seul ? Non. C’est un redressement de la croissance de l’économie qu’il faut. Il faut donc des programmes de relance. Le problème, c’est que la dernière fois qu’on a parlé en Europe de relance, c’est en 1992, avec Jacques Delors. Depuis, le discours libéral s’est imposé : plus de flexibilité, moins de salaires, moins de sécurité sociale.

Ce qu’il faut aussi pour relancer de la croissance, c’est de la confiance. Mais en Belgique, cette dernière fait défaut parce que les inégalités augmentent. La question de la redistribution des richesses doit donc être reposée. Et là, on va retrouver le clivage entre la gauche et la droite.

La droite — et donc une partie de la gauche qui est de droite — croit qu’on ne peut faire de la redistribution que quand la situation économique est bonne. Et que quand cela ne va pas, il faut faire l’inverse. Or, c’est précisément quand les choses vont mal qu’il faut donner la confiance aux gens. Et on ne leur rendra confiance que si le filet social est suffisamment solide et si l’avenir leur permet de croire à un progrès.

Je rappelle qu’il y a eu une grande manifestation en mai 2001 pour demander une amélioration des allocations sociales. La moitié du chemin a été faite depuis. Il reste l’autre moitié. On attend le gouvernement là-dessus.

Faut-il revoir la réforme fiscale ?

La redistribution ne passe pas que par le fiscal. Des études montrent que le plus efficace pour réduire les inégalités, ce serait d’augmenter les allocations familiales. A cet égard, la note Demotte sur le financement de la Sécurité sociale est une pièce importante.

Que pense le Moc de cette note ?

C’est une bonne note. Ce qui est frappant, c’est que Rudy Demotte reprend l’idée de taxer les robots qui avait été développée à la fin des années 70 par Guy Spitaels et Alfred Califice. A l’époque, des patrons et les syndicats des secteurs forts lui avaient barré la route. On va voir quel sort on lui réservera maintenant. Rudy Demotte dit aussi qu’il faut aller chercher des revenus du capital. Il n’est pas très clair sur la façon de faire, mais sur le principe, il a raison. En Belgique, le travail est plus taxé que la moyenne européenne alors que le revenu du capital l’est moins.

Cette note implique pas mal de changements. Et puis, elle était assez contradictoire avec l’idée du Premier ministre d’augmenter la TVA pour financer la Sécu. Mais si les libéraux la rejettent en bloc, on va droit vers des élections. Car le PS doit obtenir quelque chose. Il sait très bien qu’il risque gros. En période de difficulté, c’est toujours la gauche qui a le plus à perdre.

Le gouvernement est-il en mesure de relever le défi ?

Ce gouvernement est dominé par les deux vainqueurs du précédent scrutin législatif : le PS en Wallonie et le VLD en Flandre. Le problème, c’est que le VLD, auquel appartient le Premier ministre, a entre-temps perdu beaucoup de légitimité. Il est désormais le quatrième parti flamand. Cela peut se comprendre : on ne sait jamais très bien ce que Verhofstadt fabrique à part faire du vélo et des voyages en Toscane. Les libéraux flamands se trouvent maintenant face à un sérieux paradoxe. S’ils veulent se relancer en Flandre, ils devraient proposer des mesures très VLD, à la Karel De Gucht ou à la Jean-Marie Dedecker. Mais s’ils font cela, le PS aura intérêt à aller aux élections. La situation est donc un peu bloquée. Or, le gouvernement ne peut pas rester encore un an et demi en chômage technique, étant donné l’aggravation de la situation économique...

Et les gouvernements régionaux, où l’on retrouve le CDH, vous trouvez qu’ils marchent bien ?

Pas vraiment. Le gouvernement bruxellois commence à trouver ses marques. Mais son homologue wallon est écartelé entre la vision sur-optimiste de son ministre-Président Jean-Claude Van Cauwenberghe et la vision surréaliste du président du PS, Elio Di Rupo, à propos de l’état de la Wallonie. Certes, monsieur Marcourt fait sûrement mieux que monsieur Kubla, ce qui n’est pas difficile, et la cohérence du gouvernement n’est pas plus difficile à faire qu’avec Charles Michel. Mais je n’irais pas jusqu’à dire qu’il y a une véritable articulation incarnée dans des choix clairs.

Et que pensez-vous de l’OPA de Suez sur Electrabel ?

Les hommes politiques se sont soudain réveillés quand Suez a lancé son opération, totalement prévisible d’ailleurs, sur Electrabel. Quel culot. Un débat sur la gouvernance des grandes sociétés et le contrôle des intérêts stratégiques de la Belgique était prévu à l’occasion de la sortie du code Lippens. Mais ce débat n’a pas eu lieu. Le politique s’intéressait à autre chose...

Le mandat du président du Moc s’achève à la fin de l’année. François Martou sera-t-il encore candidat ?

On verra. Au Moc, ce ne sont pas les candidats qui se déclarent, mais les organes constitutifs qui proposent des noms. Cela dit, je ne suis pas demandeur. J’ai mon âge. Il ne faut pas essayer de faire pire que Jean-Paul II ou Fidel Castro.

P.-S.

© La Libre Belgique 2005