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Le discours de Luc Cortebeeck en ouverture du congrès national

vendredi 20 octobre 2006

En ouverture du congrès national qui se tient ces 19, 20 et 21 octobre 2006 à Oostende, le président de la CSC a défini la solidarité telle que la CSC entend la défendre : large, bénéficiant à tous, basée sur l’impôt, avec des limites et en évolution. Il a aussi brossé le contexte où elle va devoir s’exercer concrètement, lors de la négociation du prochain accord interprofessionnel.

Vous trouverez ci-dessous le texte complet de ce discours [1].

En juin 2005, le climat était étrange

Quand nous avons entamé la préparation de ce Congrès en juin de l’année dernière, le climat était étrange. L’accord interprofessionnel de 2005-2006 avait été rejeté par une petite majorité de la FGTB. Heureusement, il allait encore être mis en œuvre.

Encouragés par les médias et le corps professoral, le gouvernement et les employeurs s’étaient déjà lancés à corps perdus dans la préparation du Pacte de Solidarité entre les Générations, faisant du démantèlement des prépensions leur fer de lance.

Rappelez-vous aussi comment les libéraux les plus acharnés avaient imposé leur volonté au Congrès du VLD en mai 2005. Ils entendaient simultanément mettre fin premièrement à la redistribution par le biais des impôts, deuxièmement au droit aux allocations pour les chômeurs de longue durée et troisièmement aux CCT.
L’augmentation des prix de l’énergie et la modération salariale dans les pays voisins mettaient à nouveau l’index sous pression.

Les évolutions dans les autres pays européens servaient de prétexte pour démanteler la protection du travail qui existe chez nous : davantage de contrats temporaires, des délais de préavis plus courts, une durée du travail plus longue, une flexibilité accrue et plus d’heures supplémentaires.

Les travailleurs étaient taxés d’enfants gâtés qui ne pensaient qu’à travailler moins en recourant au crédit-temps et à l’interruption de carrière et qui ont oublié que le gâteau ne peut être partagé qu’après avoir été confectionné et cuit (et que les actionnaires se soient réservés la plus belle part). Nous ne sommes plus au pays de Dame Tartine !

Les détracteurs de tous bords et surtout les assureurs se servaient du vieillissement de la population pour semer le doute sur la capacité de survie de notre sécurité sociale et de nos structures collectives.

Au niveau européen, la confiance dans le projet européen avait été sérieusement ébranlée par le rejet de la Constitution européenne aux Pays-Bas et en France.
De plus, la directive Bolkestein apportait la preuve que les valeurs sociales sont bel et bien subordonnées à la réalité économique.

Sur le plan international, la mondialisation gagnait encore du terrain. La Chine et l’Inde sont devenus les nouveaux pôles d’attraction. Les institutions internationales et les gouvernements nationaux ne voulaient ou ne pouvaient plus harmoniser ce processus. Le monde devait devenir une zone de libre-échange, où les multinationales peuvent se soustraire aux lois des Etats, où elles peuvent jongler librement avec les investissements et la production, où la concurrence entre les entreprises automobiles – et ce n’est qu’un exemple – est impitoyable.

A ce tableau des plus sombres, il convenait d’ajouter la pression croissante exercée sur les syndicats, ces asociaux notoires qui ne pensent qu’à conserver les acquis et qui devront bientôt assumer la responsabilité de la faillite des mécanismes de solidarité.

Dans ce climat froid, antisocial, il est normal que notre base ait été assaillie par le doute et la déception. Que représentent encore ces valeurs pour lesquelles nous nous battons ? Prêche-t-on dans le vide ? Serons-nous en permanence acculés à la défensive ? Devrons-nous perpétuellement encaisser ?
Ce climat transparaît également dans le document de travail avec lequel nous avons entamé les discussions de ce Congrès.

La situation n’a pas changé

La situation a-t-elle changé ? Oui et non.

Au regard de la pauvreté et de l’insécurité d’existence croissantes, la réponse est "non". La preuve en a encore été apportée avant-hier, au niveau mondial et en Belgique, avec la "Journée de lutte contre la pauvreté extrême". En Belgique aussi, la pauvreté gagne du terrain, y compris dans les familles de travailleurs actifs.

La réponse est encore "non" face à l’intensification de la flexibilisation des contrats et des horaires de travail, sous quelque forme que ce soit.

"Non" encore quand on voit comment le gouvernement a damé le pion aux jeunes soumis à l’obligation scolaire à temps partiel en supprimant les indemnités de transition, comment il a berné les travailleurs qui se sont engagés dans un processus d’apprentissage tout au long de la vie en opérant des coupes sombres dans le congé-éducation payé.

"Non" encore quand on voit le cynisme avec lequel des bonus excessifs ou des primes de départ extravagantes sont octroyés à certains hauts dirigeants.
Tantôt pour récompenser des plans scabreux. Tantôt pour avoir dégraissé les effectifs.

Le vent tourne

Mais il faudrait être aveugle ou particulièrement pessimiste pour ne pas s’apercevoir que le vent tourne.

On annonçait la suppression de la prépension. Si elle a effectivement été repoussée, elle n’est pas supprimée pour autant - contrairement aux souhaits du gouvernement - et la discrimination fiscale des prépensionnés a été annulée. Nous avons pu conserver l’essentiel des droits grâce à notre stratégie de négociation, soutenue par la manifestation colossale du 28 octobre 2005.

Nous devons encore travailler dur afin d’obtenir des corrections pour les travailleurs actifs dans les métiers lourds et pour les travailleurs dont la carrière est incomplète. Ces questions auraient pu être réglées si l’ensemble des syndicats avait suivi une stratégie unique.

Mais nous pouvons être fiers des contreparties obtenues. L’amélioration des pensions des femmes dont la carrière est incomplète. Le financement alternatif de la sécurité sociale, en partie avec les revenus des capitaux, constituait une ouverture. Et nous pouvons être fiers de la majoration des allocations sociales que nous avons obtenue. La CSC et le Mouvement ouvrier chrétien ont largement contribué à la percée décisive lors de la manifestation verte à Ostende. Et c’est encore la CSC qui, fin de l’année passée, a poursuivi les négociations jusqu’à l’obtention d’avancées.

Notre économie, comparée par certains à un cancéreux en phase terminale, semble en mesure de fournir de bonnes prestations et ce, malgré l’augmentation des coûts énergétiques. Notre balance commerciale enregistre de bons résultats et de nombreuses entreprises font des bénéfices plus qu’honorables. Notre marché de l’emploi remonte enfin. Cela ne signifie pas pour autant que tout est facile partout.

Nous pouvons également être fiers de notre capacité à nous mobiliser, comme nous l’avons démontré fin de l’année passée, pour faire front lorsque cela s’avère nécessaire.
Cette capacité de mobilisation a d’ailleurs porté ses fruits. Cette année, le gouvernement et les employeurs ont manifestement mis un bémol à leurs discours.

N’oublions pas la manière dont les partenaires sociaux ont réussi au printemps dernier à composer le nouveau panier de l’indice.
Ils ont ensuite rappelé à l’ordre le Premier ministre qui entendait adopter précipitamment de nouvelles mesures pour compenser la prétendue perte de compétitivité.

Autre événement encore ancré dans nos mémoires : l’accord réconfortant du 21 septembre entre les partenaires sociaux sur les priorités en matière de liaison au bien-être. Dans ce cadre, les employeurs ont également marqué leur accord – un véritable petit miracle – sur des améliorations sérieuses en faveur de ces « satanés » chômeurs.

Les employeurs semblent (du moins en ce moment) prendre conscience que la croissance ne peut être assurée au détriment des travailleurs mais avec leur participation. Reste à savoir si cette prise de conscience va durer. Nous le saurons en novembre et décembre.

La CSC fait front

Et la CSC fait front. Pour s’en convaincre, il suffit de parcourir notre rapport administratif, notre "Etat de l’Union" qui décrit la situation de notre syndicat.

Ce rapport est destiné avant tout au Congrès de la CSC.
1.600.000 cotisants nous accordent leur confiance, dont 174.000 jeunes de moins de 25 ans. Et il ne s’agit-là que de chiffres bruts, non édulcorés au moyen de "coefficients de propagande".

La CSC a gagné les élections et n’a jamais eu autant de sièges et d’élus, et cela dans toutes les régions, en Flandre, en Wallonie et à Bruxelles.

Notre histoire n’est donc pas qu’une succession de heurts et de malheurs et nous devons puiser notre assurance dans la définition de nos objectifs et des valeurs que nous défendons.

En fin de matinée, Claude Rolin, notre Secrétaire général, nous donnera un aperçu des activités des quatre années écoulées. Evaluer le travail réalisé au cours de ces quatre années pour en tirer des conclusions pour les quatre années à venir constitue la première mission de ce Congrès, définie statutairement. La Commission du Congrès qui s’est réunie hier avec un représentant pour chaque organisation, a préparé cette mission avec le plus grand soin. Nous débattrons des résultats en séance plénière aujourd’hui de 14h00 à 16h30 et demain vendredi dès 16 heures. Et vu le nombre de membres de la CSC réunis aujourd’hui, nous ne pouvons éviter de parler de l’actualité, même si ce n’est pas le premier objectif de ce Congrès. Nous aborderons l’actualité dans le cadre du débat sur les activités.

La solidarité, thème de notre congrès

Notre troisième mission, une mission essentielle, est de débattre et de formuler des lignes de force sur la solidarité, le thème que nous avons choisi pour ce Congrès.

La solidarité, chaque congressiste sait ce que c’est. En approfondissant nos discussions, nous découvrirons toutefois que ce concept général couvre des réalités différentes. Car nos réalités, nos expériences sont différentes. Il nous faudra, pour un temps, nous mettre dans la peau de nos collègues, si nous voulons être capables de rassembler ces visions et attentes différentes en un projet solidaire unique et cohérent, en une stratégie unique et cohérente. Les armées désorganisées ne gagnent pas les guerres (même si cette référence guerrière ne me plait guère).

La solidarité comprend 5 éléments essentiels

Selon moi, la solidarité comprend cinq éléments essentiels, qui peuvent peut-être nous aider dans nos débats des prochains jours.

Premièrement. La solidarité va bien au-delà de la bienfaisance. Non pas qu’il faille reprocher quoi que ce soit à la bienfaisance. Il est réjouissant de voir des actions de bienfaisance s’organiser spontanément après des catastrophes naturelles. Il est bon que les gens viennent spontanément en aide aux réfugiés qui affluent par la mer. Il est bon que des banques alimentaires distribuent des colis alimentaires aux pauvres. Mais cette définition de la solidarité n’est pas celle que nous retenons en premier lieu, parce que notre type de solidarité repose non pas sur des faveurs mais sur des droits. Il repose sur le béton armé des mécanismes structurels plutôt que sur les sables mouvants de l’émotion suscitée par des images télévisées. Il repose sur une éthique ancrée dans la politique plutôt que sur les hasards d’une conscience qui doute. Il repose sur le caractère durable d’un mouvement syndical fort qui remet cent fois sur le métier l’ouvrage de la solidarité, plutôt que sur les caprices des mouvements populaires et des actions spontanées de la base. Beaucoup se sentent appelés à prendre ce rôle à leur compte, mais peu en sont vraiment capables.
Pas les hommes politiques progressistes, qui, par trop souvent, doivent renoncer à leurs idées pour gagner en popularité.

Pas les employeurs, qui croient avoir tout compris après avoir participé à une coûteuse conférence sur la responsabilité sociale des entreprises. En effet, on s’aperçoit souvent qu’il ne s’agit de rien d’autre que d’une couche de peinture qui s’écaille à la moindre pluie ou dès qu’un chasseur de tête est venu débaucher le manager éclairé.
Pas les autres mouvements sociaux, qui ont compris depuis longtemps qu’ils parviennent à des résultats nettement meilleurs s’ils collaborent avec nous.

Deuxièmement. Notre solidarité n’est pas seulement une solidarité avec les plus démunis. C’est une solidarité large, dont chacun peut récolter les fruits. Il ne s’agit donc par exemple pas d’une sécurité sociale qui se transforme en une assistance sociale, réservée aux très bas revenus. Il ne s’agit pas de services collectifs uniquement réservés aux citoyens les plus pauvres, mais bien d’une sécurité sociale large et des services collectifs larges, dont chacun peut récolter les fruits.
Lorsque ces conditions sont réalisées, le sort des plus pauvres se trouve clairement amélioré. Comme le disent les Anglo-Saxons, "Systems for the poor become poor systems". En d’autres termes les systèmes réservés aux pauvres deviennent rapidement de pauvres systèmes, parce que les revenus moyens et élevés ne voient plus à quoi peuvent servir les mécanismes de protection. Une bonne sécurité sociale et de bons services collectifs ne peuvent être maintenus que s’ils ont aussi quelque chose à offrir aux revenus plus élevés. Dans le cas contraire, ces revenus ne contribuent plus au financement.

Troisièmement. C’est justement pour cette raison que la solidarité est à nos yeux une solidarité large à laquelle chacun contribue selon ses moyens. Dans les nombreux débats sur la solidarité d’aujourd’hui – y compris ceux qui ont précédé notre Congrès – nous voyons souvent resurgir une variante de l’ancien slogan de TPO-AMADA : laissons les riches payer la solidarité. Concentrons-nous exclusivement sur l’impôt sur les grosses fortunes, la lutte contre la fraude fiscale et contre les indemnités payées aux dirigeants d’entreprises. Bien sûr, il s’agit d’un combat à mener en priorité, mais ce n’est pas le seul. Ceux qui optent pour une solidarité large ont aussi besoin d’une large adhésion et la classe moyenne doit aussi fournir des efforts. Notre mission reste donc de convaincre chaque travailleur et même chaque non actif de la nécessité de contribuer à la solidarité, ce qui suppose aussi, inévitablement, que nous résistions à la tentation de crier avec les loups qui réclament de nouvelles réductions d’impôts. D’autre part, nous devons nous demander comment nous voulons éviter que la prolifération des avantages payés en net, non soumis aux impôts et aux cotisations sociales, vide la sécurité sociale de sa substance.

Quatrièmement. Toute solidarité a ses limites. Mieux même, une solidarité sans limites n’est pas possible, quoi qu’en dise parfois notre cœur lorsque nous sommes confrontés à un chômeur de longue durée pour qui de nouvelles mesures d’activation sont prises après une ixième déception ou à des sans-papiers qui risquent d’être expulsés.
Fixer des limites n’a toutefois rien d’antisocial. Une solidarité sans limites court immanquablement à la faillite. Ce risque est évident pour la sécurité sociale, basée à la fois sur des droits et des devoirs. La responsabilité personnelle d’éviter la dépendance ou de s’en affranchir.
Il n’est pas antisocial de dire que l’assurance-chômage est destinée à ceux qui recherchent du travail. Par contre, il est antisocial de dire qu’il faut rejeter ceux qui, malgré leurs efforts, ne trouvent pas d’emploi.

Cinquièmement. La solidarité doit se renouveler en permanence, parce que la société et l’économie changent et parce que les réponses d’hier ne sont pas nécessairement toujours adaptées aux questions de demain. Voilà pourquoi notre projet solidaire doit être plus qu’un projet de maintien des acquis.

Un syndicat qui apporte des réponses modernes aux problèmes d’aujourd’hui

Nous avons toujours choisi d’être un syndicalisme qui ne soit pas en permanence en situation défensive. Nous ne voulons pas être un syndicat de rejet et de veto. En français, nous parlons d’un "syndicalisme de propositions", un syndicalisme qui n’attend pas les attaques des autres mais passe lui-même à l’offensive, avec ses propres propositions, des propositions osées, qui s’écartent des sentiers battus et qui ne ressassent pas sans cesse le même disque rayé.

Nous voulons être un syndicat qui apporte des réponses modernes aux problèmes d’aujourd’hui.

Nous voulons être un syndicat qui ne confond pas "collectif" "collectivisme", "individualisme" et "égoïsme". Pour ce motif, le syndicat doit plus que jamais être attentif aux aspirations et besoins individuels des travailleurs. Il convient de préférer le travail "sur mesure" au prêt-à-porter. Plutôt que sur un modèle "tondeuse" qui tond la pelouse de façon égale, notre choix doit se porter sur un modèle qui laisse aux travailleurs plus de possibilités pour organiser leur carrière professionnelle dans un cadre élaboré.

Nous voulons être un syndicat qui offre des réponses d’avenir aux problèmes de demain et d’après-demain, qui défende non seulement un projet pour plus de solidarité aujourd’hui, mais aussi un projet de solidarité avec les générations futures : laisser un bel héritage à nos enfants et nos petits-enfants ; une économie, une société, une sécurité sociale, des finances publiques, un environnement, des réserves de matières premières dont nous n’ayons pas à rougir.

Ce Congrès est néanmoins beaucoup plus qu’un exercice intellectuel de réflexion sur ce que signifie aujourd’hui la solidarité. La question qui nous intéresse avant tout est de voir comment réaliser cette vision. Les travailleurs n’ont jamais rien reçu en cadeau. Leurs droits n’ont jamais été des faveurs.

Nous avons toujours dû travailler dur pour maintenir et renforcer la solidarité. Vous me comprendrez si je vous dis que la solidarité est une action, quelque chose qui se travaille.

Pour ce faire, il nous faut commencer par renforcer notre syndicalisme. Aucun projet solidaire n’est possible sans un mouvement syndical fort et solidaire.
C’est peut-être là le principal enjeu de ce Congrès.

Plus que jamais, nous devons être un syndicat qui croit en ses possibilités, en sa capacité à enrayer le mal et à réaliser le bien.
Avec des militants et des collaborateurs qui croient vraiment aux causes que nous défendons.
Qui sont pétris des valeurs que nous défendons, de notre vision de la solidarité. Qui sont prêts à s’engager pour les défendre.

Tel est le défi de notre Congrès. L’image du Congrès l’exprime très bien : des cyclises de toutes les tailles et de tous les poids, de tous les âges et de toutes les couleurs, ensemble sur un même tandem. Ils pédalent ensemble, dans la même direction, le vent de face. A fond la caisse pour la solidarité. Vollen bak voor solidariteit.

[1Les intertitres sont ajoutés