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Quel sont les impacts de la crise économique pour les femmes ?

jeudi 18 mars 2010

1. Constats

Lorsque l’on parle de l’impact de la crise sur l’emploi, on prend généralement en considération les statistiques de pertes d’emploi. Celles-ci font ressortir une baisse massive de l’emploi, majoritairement pour les hommes : les secteurs industriels les plus touchés sont en effet historiquement et sociologiquement masculins, à tout le moins pour ce qui concerne les pays occidentaux.

Or, les femmes, elles aussi ressentent fort les effets de la crise, d’autant plus que ce sont elles qui sont au départ le plus souvent dans des situations plus précaires. Pourquoi dès lors cela n’apparait-il pas dans les débats publics et politiques ?

Nous avons réalisé une enquête dans les différents secteurs d’activité afin de développer une approche de genre qui permette d’identifier les formes que prennent les impacts de la crise sur la situation économique des femmes. Les résultats nous permettent d’élaborer des revendications spécifiques.

2. Impacts de la crise sur l’emploi des femmes

-2.1 Résultats sur base de l’indicateur « pertes d’emploi »

L’augmentation du taux de chômage de ces derniers mois montre une évolution de la répartition par sexe. [1]

Depuis le début de la crise et jusqu’au deuxième trimestre 2009, l’augmentation du taux de chômage était de 14,6% pour les hommes et de 8,8% pour les femmes.

Le troisième trimestre 2009 a vu la tendance s’inverser puisque l’évolution est de 3,9% pour les hommes tandis qu’il atteint 19,5% pour les femmes.

L’indicateur « perte de travail » pur et simple a donc montré que la crise a dans un premier temps lourdement impacté les hommes. Les femmes seraient touchées dans une deuxième phase, ce qui devra être confirmé dans les prochains mois.

Ces chiffres doivent aussi être mis en relation avec le taux d’emploi avant la crise : en 2008, 68,5% des hommes travaillaient contre 56,2% des femmes, dont 41,5% à temps partiel (pour 7% des hommes). Plus de 50% des femmes ont des horaires de travail alternant à court terme, 12% ont un contrat de travail temporaire (pour 6,5% des hommes), elles ont également davantage de prestations fractionnées. Le salaire des femmes reste inférieur de 15 à 25% en moyenne à celui des hommes. Toutes ces différences n’apparaissent pas dans le chiffre global du taux d’emploi.

Cet indicateur – perte d’emploi – ne permet pas non plus de rendre compte des spécificités du travail dans les secteurs féminins. C’est ce que notre enquête a permis de mettre en évidence.

- 2.2 Spécificités des secteurs employant une majorité de femmes

Les professions où les femmes travaillent en majorité sont les suivantes : gardes d’enfants et aides ménagères, secrétariat, services aux entreprises, éducation, vente et commerce, services publics. [2] Il ne s’agit donc par de secteurs qui ont été touchés en premier lieu par la crise. Mais tous ces secteurs, à leur manière, en subissent les effets en cascade.

A. Secteurs financés par les pouvoirs publics

La crise, en particulier le « sauvetage des banques », a asséché les finances publiques. Dans ces secteurs, les effets de la crise vont être répartis sur plusieurs années, de manière progressive. On y constate la suppression ou la non reconduction de certains postes (CDD) ou subsides.

Dans l’enseignement, on peut en outre craindre une augmentation de la pénibilité du travail due à la précarisation du public scolaire.

Concernant les services publics à proprement parler, les femmes sont doublement touchées : tout d’abord parce que 35% des femmes qui travaillent sont employées par les services publics, et ensuite parce qu’elles sont les utilisatrices principales des services et en subiront donc la baisse de qualité, l’éventuelle augmentation des coûts et devront arranger leurs horaires en fonction de réductions de plages d’ouverture.

B. Services aux personnes

Ces secteurs dépendent du pouvoir d’achat des ménages. La baisse progressive de celui-ci, dû aux nombreuses pertes d’emploi, entraîne à son tour une diminution de la demande. Cela se traduit jusqu’à présent par des pertes d’heures de travail et une flexibilisation des horaires, et assez peu par des suppressions d’emploi. Mais cela pourrait venir dans une second phase.

C. Services aux entreprises

De manière générale, dans les entreprises qui emploient une majorité d’hommes, on constate que le peu de femmes sont le plus vite touchées par la crise, et ce pour deux raisons.

En premier lieu, les entreprises font d’abord des économies dans les cafetarias, le catering et le nettoyage. Les secteurs de l’horeca et du nettoyage (90% de femmes) sont donc touchés par une baisse des demandes, qui ne se traduit pas nécessairement par des pertes d’emplois mais, une fois de plus, par des pertes d’heures. La réduction du coût des services se traduit aussi par une augmentation de la charge de travail (ex : augmentation des surfaces à nettoyer en moins de temps), une augmentation du stress et une insécurité croissante (non remplacement de matériel).

En deuxième lieu, les premiers emplois supprimés sont souvent les temps partiels ou les CDD (non renouvellement), dans lesquels on retrouve les femmes.

Il est à noter que la féminisation de certains métiers (gaz et électricité, métal, …) est perçue par les travailleurs masculins comme un signe de précarisation de la profession.

D. Commerce

Ici encore, le secteur dépend avant tout du pouvoir d’achat des personnes. Les retombées sont donc plus progressives et se feront encore sentir pendant plusieurs mois, voire plusieurs années.

Depuis bien avant la crise, les enseignes multiplient les ouvertures de points de vente (notamment en franchise) afin de faire plus de chiffre. De ce fait, la concurrence s’accroît puisque la clientèle, elle, ne se multiplie pas. La compression des prix et l’augmentation des plages d’ouverture deviennent dès lors indispensables pour attirer le client, ce qui se traduit par la précarisation des contrats de travail, la flexibilisation des horaires, l’exploitation des étudiants…

En plus de cela, s’ajoute à Liège en particulier le fait que la Ville brigue le statut de Ville touristique, ce qui signifie l’ouverture des commerces le dimanche.

Le cas de Carrefour, qui est le premier cas de pertes d’emploi massives pour les femmes, s’inscrit dans une dynamique globale entamée bien avant la crise, et risque de provoquer en cascade une dévalorisation salariale de tout le secteur.

3. Conclusions et revendications

On le voit, les femmes sont bien, elles aussi, touchées par la crise. Bien qu’elles n’aient pas été touchées massivement par des pertes d’emploi lors de la première phase, elles ont été victimes d’une forte précarisation financière, physique et psychologique de leur travail : pertes d’heures, flexibilisation des horaires, augmentation de la charge de travail, du stress, détérioration de la sécurité au travail. Les chiffres ne sont pas encore disponibles, mais l’on observe au quotidien un nombre grandissant de travailleuses dont les revenus se situent sous le seuil de pauvreté.

Les pertes d’emploi risquent bien d’arriver dans une seconde phase, comme semblent le confirmer les derniers chiffres pour l’année 2009 ainsi que l’épisode de Carrefour. Ces pertes d’emploi seront essentiellement dues à des fins de contrats à durée déterminée, à la perte de pouvoir d’achat des clients et utilisateurs de service, aux économies financières des pouvoirs publics. Elles seront aussi moins massives, moins soudaines, moins spectaculaires et donc moins visibles, mais certainement pas moins graves. Il s’agit en réalité de l’amplification de logiques à l’œuvre depuis bien avant la crise : la cause profonde et fondamentale de cette précarisation est à chercher dans l’esprit de rentabilité et de course au profit à tout prix. En ce sens, la cause est la même que pour les pertes d’emplois dans les secteurs masculins, raison pour laquelle nous devons nous unir dans le combat. Mais l’approche de genre est indispensable au moins pour deux raisons : d’une part parce que les manières de ressentir la crise sont différentes et qu’il faut en tenir compte dans l’analyse si l’on veut proposer des solutions qui y répondent, et d’autre part parce que les femmes cumulent les effets de la crise avec de moins bonnes conditions de travail au départ ou encore la dégradation des services qui découle des privatisations et de la crise et dont elles sont les premières utilisatrices.

Nous demandons par conséquent que la dimension du genre soit prise en compte dans l’analyse des effets de la crise, et par conséquent dans les mesures qui y sont apportées. Cela nécessite entre autres de ne pas restreindre les indicateurs de mesure de la crise aux seules « pertes d’emploi » sèches, mais d’y inclure des mesures statistiques sexuées aussi pour d’autres facteurs, comme la perte d’heures, l’éclatement des horaires ou encore l’augmentation de la charge psycho-sociale.

Mathilde Collin
- Permanente CSC Liège-Huy-Waremme

[1DIRECTION GÉNÉRALE STATISTIQUE ET INFORMATION ÉCONOMIQUE, La crise touche aussi les femmes et les personnes hautement qualifiées – nouveaux chiffres de l’Enquête sur les forces de travail, conférence de presse du 4 février 2010.

[2IWEPS & CWEHF, Les facteurs de précarité, photographie statistique de la situation des femmes et des hommes en Wallonie, 2008, p. 39.