Les associations à Seraing face au COVID-19, témoignage de Vi’a Seraing asbl

Elles sont toutes frappées, mais toujours débout !

Comment la crise sanitaire a-t-elle impacté les associations à Seraing ? Touchées de plein fouet comme nous tous, Vi’a Seraing a lancé un appel à témoignage aux associations. Beaucoup sont débordées parce que tous ces mois passés n’ont pas du tout été de tous repos. Portes fermées, puis à nouveau des portes semi-ouvertes au moment de notre prise de contact. Certaines ont malgré tout pu nous envoyer quelques informations.   Il s’agit toujours de travailleurs de première ligne, qui ont cherché à rester en contact avec leurs publics.

Les lignes qui vont suivre sont le reflet d’un sondage à la mi-octobre 2020, parfois déjà dépassées par la vigueur de la deuxième vague du COVID. Sans être exhaustives elles reflètent parfaitement le vécu du public et des travailleurs du monde associatif à Seraing pendant et après le déferlement de la première vague.

L’accueil extra-scolaire

Deux écoles de devoirs à Seraing pour plus de 70 enfants présents, La Rawette et Graines de génie mais 2 réalités forts proches.

En ce mois d’octobre, les difficultés rencontrées par les écoles de devoirs dues à cette crise sanitaire, ne font qu’accroitre.

Les enfants sont revenus après de longs mois d’absence et reprennent tout doucement leurs marques tant au niveau scolaire, qu’au niveau social. Il faut se réhabituer à se lever, à respecter un horaire, à travailler durant de longues heures assis à l’école et puis faire ses devoirs. Reprendre ce rythme prend du temps, mais il faut surtout se remémorer tout ce qui avait été vu avant le mois de mars et avancer … cela fait beaucoup pour des enfants de 6,8 ou 10 ans en un mois.

Une autre difficulté est en lien direct avec le peu de subventions accordées aux écoles de devoirs. Il s’agit de faire cohabiter un public à bas risque (enfants de moins de 12 ans) avec un public à haut risque qui sont en grande partie les volontaires de plus de 60 ans. Certains sont prudents et sont donc restés chez eux, d’autres sont revenus avec de nombreuses questions et en espérant que tout se passe bien.

Ce qui a entrainé une diminution des animateurs qui accompagnent les enfants ; nous n’avons pas repris de nouveaux enfants cette année alors que la demande explose (plus de 50 demandes non rencontrées). Nous avons également changé notre fonctionnement pour permettre à chacun d’avoir un accueil de qualité dans le respect des règles imposées par la crise sanitaire : les enfants venaient 4 jours semaine et maintenant, ils ne viennent plus que 2 fois (2 groupes d’enfants à la place d’un). Ce qui entraine un suivi plus difficile des enfants.

Nous vivons au jour le jour, nous essayons de rester optimistes et de nous dire que chacun dans ces circonstances fait de son mieux, les volontaires pour accompagner les enfants et les enfants pour reprendre une vie « normale » et continuer à progresser.

Et le Village Liégeois ?

Tout d’abord une petite mise à niveau pour nos lecteurs qui ne connaissent pas l’association. Il s’agit d’une entreprise de travail adapté dont l’objectif est de permettre à des personnes avec un handicap mental de trouver un travail dans lequel s’épanouir : entretien des parcs et jardins, menuiserie industrielle ou encore conditionnement manuel.

Les travailleurs interrogent dès le début, sur ce qu’on peut faire ou pas, qui on peut voir ou pas, les déplacements ou pas.Les frustrations par rapport au fait qu’on ne s’embrasse plus, qu’on mange avec distance les uns des autres,… Le village liégeois a la chance d’être une petite structure ce qui permet de communiquer énormément et en permanence entre toutes les personnes, en temps réel : les travailleurs, les moniteurs, les parents et les familles.

« Au début du confinement, j’ai dû faire faire face à des réactions dans des sens opposés, des moniteurs paniqués, qui sont rentrés chez eux…. D’autres qui minimisaient la situation….bref il a fallu trouver une ligne de conduite au milieu de tout cela ce qui n’a pas été de tout repos » , nous confie Mme Prignon « Cela m’a pris énormément d’énergie de remettre les choses en place, de poser les priorités et de tempérer les comportements exacerbés, et moi-même de rester zen.  Les travailleurs avaient confiance en ce qu’on leur expliquait, et étaient rassurés. Alors que nous, nous étions en questionnement permanent par rapport à cette ambiance anxiogène maintenue par les médias.  J’ai écarté au début également, les personnes à risque ou ceux qui avaient des parents âgés.»

Encore aujourd’hui, le gel hydro alcoolique est partout, les mesures de distanciation sont respectées dans des bâtiments suffisamment grands. L’acceptation du port du masque n’a pas été trop difficile, c’était plutôt la manière dont il fallait le porter qui était difficile à faire respecter.

Ce sont les premières mesures dans les transports en commun qui ont été difficiles à supporter par les travailleurs. Ils voyaient passer sous leur nez des bus vides pour eux (contenant 5 personnes), qui ne s’arrêtaient pas à leur arrêt et ils arrivaient en retard, énervés. Malgré le fait qu’on les rassurait par rapport à leur retard, ils étaient vraiment frustrés. Il a fallu du temps pour que cette impression disparaisse.

Le comportement des clients et des fournisseurs était également très variable, et donc difficile à gérer, l’inattendu était fréquent. Depuis le mois de mars l’asbl n’a fermé qu’une semaine, mais la charge de travail n’était pas du tout remplie, outre le fait que certains clients tournaient au ralenti. En menuiserie plus aucun fournisseur n’était ouvert pendant plusieurs semaines. L’association a donc été contraint de mettre certains travailleurs en chômage économique.

asbl Vivre Solidaire: et quand il faut à tout prix éviter de couper les vivres ?

Cette question reflète bien la réalité rencontrée par l‘asbl Vivre Solidaire. Cette association, située à quelques pas de la Maison communale propose un service social, un lieu d’accueil, des colis alimentaires, et bien d’autres services aux ménages en difficulté. Pour assurer ces services, une assistante sociale (dont le salaire est partiellement subventionné), des volontaires et beaucoup de bric et de broc pour financer le tout. Déjà avant l’arrivée du virus, la demande de colis alimentaires est sans cesse croissante et provient en grande partie de personnes orientées par le CPAS.

Le décor est planté. Que se passe-t-il quand toutes les portes se ferment ? A entendre la responsable du service, ce n’est que le hasard qui a bien pu faire les choses. Les volontaires restent bien légitimement chez eux. La ville se manifeste peu pour venir en aide aux citoyens les plus démunis, et ce sont des travailleurs sociaux du service de prévention de la ville de Seraing partiellement en télé travail qui ont proposés spontanément leur aide pour la distribution des colis. Actuellement cette collaboration continue et est une aide précieuse pour permettre d’assurer les distributions dans les meilleures conditions possibles.

« Aujourd’hui nous travaillons en équipe restreinte pour continuer d’assurer nos missions et d’apporter notre aide aux personnes demandeuses. » témoigne Lara Vrancken. « Les accompagnements administratifs et les colis alimentaires se font sur rendez-vous afin de limiter les contacts entre les personnes et de respecter les mesures de sécurité. Notre magasin de seconde mains est également ouvert les lundi mardi et jeudi. Nous pouvons y accueillir deux personnes à la fois. Nous regrettons de ne plus pouvoir accueillir les personnes pour prendre un café, se rencontrer, échanger… »

Une reprise en toute sécurité à Form’Anim

Pour mener à bien ses objectifs de lutte contre l’exclusion et rencontrer au mieux sa priorité à l’accueil des personnes victimes de l’exil, Form’Anim développe depuis de nombreuses années des activités tant collectives qu’individuelles. À travers toutes celles-ci, une préoccupation constante : la multiculturalité et les défis du vivre‑ensemble harmonieux.

L’asbl a aussi repris ses activités depuis le mois de septembre en adaptant ses horaires et son fonctionnement en fonction des dispositions règlementaires de protection Covid 19.
Les ateliers sont organisés de manière régulière (Rue du Papillon, 45 à Seraing) au niveau : du service d’insertion sociale, du pôle Education permanente, de l’apprentissage du français langue étrangère et de l’alphabétisation, ainsi que du projet Viva for life.

Les permanences sociales et socio-professionnelles se tiennent uniquement sur rendez-vous.

La crèche « Les P’tits Bouts du Monde » et l’espace rencontre Enfants-Parents « Ani’Mômes » sont également en activités (Rue de la Baume, 239 à Seraing).

Le « 7e art amateur » a fait son cinéma…

Les clubs de vidéos réunis au sein de l’Eplicina se réunissent régulièrement pour des concours de vidéos sur un thème propre à chaque club. Malgré le confinement et le COVID, l’association « 7e art amateur » a pu organiser un concours interclub et un concours provincial de vidéos. Quelques séances du club et le repas habituel de l’été ont dû être annulés.

Pas de repas convivial, perte de visibilité pour le club, nécessité de reconstruire un agenda pour la nouvelle saison, pas de visite du club ami de Troyes (France) comme convenu et évidemment pas de recettes bar.

La nouvelle saison a repris le 17 septembre avec la majorité des membres, certaines personnes reportent leur présence à une période moins préoccupante.

Le « gala » provincial prévu et qui avait été annulé a été organisé en septembre avec le respect des règles sanitaires.

Pour le futur, les préoccupations concernent les possibilités de maintenir les séances hebdomadaires, d’organiser des concours interclubs, d’accueillir de nouveaux membres. Il faut y ajouter la crainte de perdre des membres actuels, ou encore celle d’un désintérêt croissant pour des activités réduites dans les clubs en général.

Èquipes populaires: « Murs murs », paroles libres et populaires

Aux Equipes populaires, comme dans beaucoup d’autres lieux, le téléphone a chauffé pendant le confinement ! Il a permis de maintenir le contact avec les membres des groupes locaux et les participants aux activités et de récolter leurs « murs murs », leurs questionnements, leurs coups de gueule, leurs coups de cœur, leurs envies pour l’avenir… Les « murs murs » ont, dans un premier temps, été publié sur la page facebook.

« Depuis le mois de juin, la reprise de nos activités se fait en douceur, en fonction des lieux disponibles, de la santé des personnes que nous rencontrons. Mais partout nous percevons la volonté des gens de se revoir, de se parler, d’échanger sur ce que nous vivons aujourd’hui. » nous explique Françoise Caudron. « Nous sommes nombreux à nous interroger sur notre avenir, sur l’avenir de nos enfants, l’avenir de notre planète. L’éducation permanente a plus que jamais sa place au sein de nos quartiers. Alors réveillons nous, parlons-nous, échangeons et faisons-nous entendre partout où nous le pouvons. Nous avons notre mot à dire sur le monde que nous souhaitons pour demain. »

Une piste d’avenir à envisager ?

Le CIEP de Liège développe notamment une réflexion sur la participation des citoyens à la vie communale de Seraing. Initié il y a plus d’un an, l’objet est clairement de demander à la ville d’ouvrir davantage ses portes à des groupes de travail et à la constitution de commissions consultatives des femmes, des aînés, etc.

Comme partout, l’association a dû annuler des rencontres et reporter des rendez-vous. Pour l’association, cette pandémie pourrait aussi nous faire réfléchir déjà maintenant aux dégâts indirects, et plus particulièrement aux conséquences de l’isolement et de la perte du lien social. Davantage de participation citoyenne est susceptible d’augmenter le nombre de personnes relais sur un territoire donné, de développer davantage les réseaux interpersonnels et pourquoi pas, de créer des solidarités nouvelles.

C’est la fin de notre sondage. Pour Vi’A Seraing, c’est aussi le résultat d’une action spontanée qui a débouché sur cet article collectif. L’équipe reste à l’écoute des associations partenaires. Le COVID est encore parmi nous pour plusieurs mois et rien n’empêche de considérer ce retour comme une première chronique. A vos plumes pour partager votre vécu !!!